Deux pêcheurs poussant leur embarcation lors d'une marée de boue maculée de pétrole, dans le delta du Niger, en 2019. | Yasuyoshi CHIBA / AFP
Deux pêcheurs poussant leur embarcation lors d'une marée de boue maculée de pétrole, dans le delta du Niger, en 2019. | Yasuyoshi CHIBA / AFP

Soixante ans de pétrole ont ravagé le Nigeria

Dans certaines zones du pays, il pleut de la suie.

Johnson Banigo, 34 ans, vit à Port Harcourt, le cœur de l'industrie pétrolière du Nigeria. Son espérance de vie est de 41 ans –la moyenne dans cette région polluée des sous-sols jusqu'au ciel.

«Parfois, je m'inquiète de l'effet cumulatif des problèmes qui peuvent dégrader la santé des gens dans cette ville, raconte-t-il à Bloomberg dans un long reportage photographique. Ce n'est pas seulement lié à la pollution. Il faut aussi s'inquiéter du trafic routier, du coût élevé de la vie et de l'insécurité, qui est très élevée. Les vols et les fusillades sont fréquents car divers groupes armés viennent depuis les criques aux abords de la ville.»

Le pétrole s'est déversé pendant les soixante dernières années sur les 6 millions d'hectares de marécages, de criques, de mangroves et de forêts de la région. Il a exterminé la vie aquatique qui faisait vivre le secteur de la pêche, et souillé les sols qui permettaient à l'agriculture locale de nourrir la population.

«Pendant longtemps, le gouvernement et les exploitant pétroliers nous ont promis qu'ils allaient nettoyer, sans jamais le faire», s'indigne Pius Warimiti, un activiste environnemental basé près de Port Harcourt.

Déclin des revenus pétroliers

Cette vaste entreprise coûterait au minimum un milliard de dollars, d'après une étude réalisée en 2011 par le programme environnemental des Nations Unies. «Si le pétrole perd son importance comme source de revenus, ajoute Warimiti, il est probable que le delta du Niger sera abandonné à son sort.»

Or le pétrole est en train de perdre du poids dans l'économie du pays, à une cadence très rapide. Il représentait encore 80% des revenus gouvernementaux il y a deux ans. En 2019, ce chiffre n'était plus que de 50%. Cette année, entre la crise économique engendrée par le nouveau coronavirus et la tendance globale du monde à s'éloigner des énergies fossiles, le gouvernement prévoit un déclin de 80% des revenus pétroliers.

Une nouvelle dramatique pour les habitant·es de la région, qui comptaient sur cet argent pour financer le nettoyage de leur environnement. Un certain nombre d'entre elles et eux a d'ailleurs demandé à des juges anglais de les autoriser à poursuivre en justice Royal Dutch Shell Plc, le géant du pétrole anglo-danois, pour les dommages environnementaux causés par leurs exploitations.

Si les revenus issus du pétrole disparaissaient sans qu'aucune forme de nettoyage ait eu lieu, les habitant·es n'auront jamais la possibilité de reprendre l'agriculture ou la pêche.

En attendant, Johnson Banigo évite de porter des chemises aux couleurs claires pour aller travailler à la banque: elles seraient chaque jour ruinées par la suie qui tombe du ciel.

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