«La reconnaissance faciale et la biométrie compliquent considérablement les voyages sous une fausse identité.» | Bernard Hermant via Unsplash
«La reconnaissance faciale et la biométrie compliquent considérablement les voyages sous une fausse identité.» | Bernard Hermant via Unsplash

Les nouvelles technologies effraient les services secrets américains

Maintenir la clandestinité des agent·es est devenu très ardu.

En 2014, des hackers chinois ont mis la main sur les données personnelles de 22 millions de fonctionnaires américain·es, dont bon nombre d'espion·nes. Aux États-Unis, protéger les agent·es opérant sous couverture et leurs sources est de plus en plus difficile, en raison des empreintes numériques qu'on laisse derrière soi.

Dans une trentaine de pays (notamment les Émirats arabes unis ou le Royaume-Uni), la surveillance est tellement développée que les responsables de la CIA qui y voyagent se savent observé·es à distance et en permanence.

«Les fondements de l'espionnage ont volé en éclats»

«La reconnaissance faciale et la biométrie compliquent considérablement les voyages sous une fausse identité», selon Mike Morell, ancien directeur de la CIA. Sans parler des bases de données génétiques, qui permettent théoriquement d'identifier un·e espion·ne sur la base d'un simple échantillon de salive.

«Les fondements de l'espionnage ont volé en éclats», estime Duyane Norman, ancien responsable de l'agence américaine. Le piratage de bases de données biométriques est d'ailleurs devenu une activité importante des services, y compris américains.

Selon Yahoo, la CIA a profité de la numérisation du contrôle des frontières pour insérer des backdoors dans certains logiciels utilisés, afin que ses agent·es puissent voyager plus facilement, notamment au Moyen-Orient. Elle a aussi renoncé à l'utilisation de plusieurs identités pour une seule personne, passant à la règle «un pays, un alias».

En 2009, les renseignements iraniens ont eu accès aux outils de communication interne de la CIA: plusieurs sources, notamment en Chine, ont été compromises, avec une issue fatale pour certaines.

Depuis 2010, le FBI et la CIA utilisent aussi des personnes sous «couverture légère»: dotées d'une «légende» sommaire, elles approchent de potentiels informateurs. En cas d'échec, les services peuvent nier tout lien.

À l'opposé du spectre, le «bureau des légendes» américain, Stagehand, gère des entreprises et emploie des professionnel·les: médecins, dentistes... Autant d'agent·es qui peuvent être «activé·es», parfois après des années.

Pour plus de discrétion, la CIA laisse à certain·es agent·es recruté·es la possibilité de conserver, au moins en apparence, leur emploi existant. Et pour les individus sous couverture officielle, elle élabore des «légendes numériques» toujours plus sophistiquées.

Quant aux espion·nes chinois·es et russes, les voyages se font de plus en plus sous leurs véritables identités et les moyens de communication privilégiés sont non numériques. Comme au bon vieux temps de la Guerre froide.

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