Object 1, conçu pour être poignardé. | Michal Luria
Object 1, conçu pour être poignardé. | Michal Luria

Les «objets cathartiques», des robots conçus pour subir vos violences, insultes et colères

Michel Luria a imaginé une série d’objets-défouloirs, faits pour être tabassés et pour imiter des réponses à la douleur.

Les robots vont nous piquer nos boulots. Les robots vont tout faire mieux que nous. Les robots… vont nous servir de sac de frappe? Celle-ci, on ne l’avait pas encore trop entendue. Et pourtant, le 6 mai dernier, le magazine spécialisé IEEE rapportait les travaux de la chercheuse de l’université Carnegie Mellon, Michal Luria, sur ce qu’elle a baptisé «objets cathartiques».

Interactions brutales

Pour résumer, voici des sortes de robots mous conçus pour être violentés par leur propriétaire afin d’évacuer ses «émotions négatives». Sans doute pensez-vous à cet instant que les peluches, les punching-balls, le lancer de hache et Twitter remplissent déjà parfaitement cette fonction depuis des temps immémoriaux. Mais ces prototypes, eux, répondent à l’agression –et à en croire la chercheuse, ça change tout.

En préambule de leur étude, présentée à la Conference on Human Factors in Computing Systems de Glasgow, Michal Luria et ses collègues Jodi Folizzi et Amit Zoran posent un constat limpide: l’industrie de la technologie considère majoritairement que l’augmentation du bien-être des personnes qui l'utilisent passe par l’anticipation et la suppression a priori des émotions négatives.

Or, avance l'équipe, «la recherche en psychologie a démontré que l’interaction avec des émotions négatives peut générer du bien-être», même s’ils admettent que «la frontière est ténue entre bénéfice et nocivité».

D’où l’intérêt de se pencher sur la conception d’objets conçus pour répondre à nos pulsions les plus sombres, les absorber et pourquoi pas catalyser le processus de résilience. D’où l’idée de frapper un objet qui hurle de douleur jusqu’à être dégoûté de ses actes, par exemple.

Quatre prototypes, un éventail de violence

Dans l’étrange bestiaire de Luria et ses camarades, on trouve quatre concepts. Le premier robot est fait pour être poignardé; à chaque nouvelle pique, il tremble en réaction à la «douleur»; lorsque sont seuil de douleur maximal est atteint, il se met à trembler sans discontinuer jusqu’à ce que vous ôtiez les couteaux.

Le second objet vous permet de l’insulter sans discontinuer; le robot reconnaît chaque insulte, l’«absorbe» et la «convertit» en lumière –une sorte de lampe à dynamo, alimentée par votre rage.

Vient ensuite une sorte de poupée qui réagit à votre énervement en riant d’un rire énervant. Lorsque vous la balancez contre le mur pour que ça cesse, elle évalue la violence de votre réponse et décide, en fonction, de recommencer à rire ou non. Le dernier objet vous permet d’écrire un message sur une tuile de céramique, de l’insérer dans le robot et de la détruire à coups de marteau pour déclencher un jeu de son et lumière.

À quand remonte la dernière fois qu'on vous a encouragé à détruire des objets?

Pour Luria, interrogée par IEEE, l’étude de l’utilité de ces appareils se heurte à deux obstacles: le scepticisme vis-à-vis de l’étude de la catharsis et le risque que ces dispositifs encouragent la violence envers les robots.

Alors que les dilemmes éthiques autour des robots sexuels et des assistants vocaux font déjà partie du présent, la question de l’interaction violente entre humains et robots est pourtant pressante. Ce cyborg qui, à l'inverse des objets de Michal Luria, n'hésite pas à mettre quelques petits taquets aux personnes qui portent des casques de réalité virtuelle est peut-être une première réponse.

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