Toronto, la capitale de l'Ontario. | Scott Webb via Unsplash
Toronto, la capitale de l'Ontario. | Scott Webb via Unsplash

L’Ontario laisse tomber le revenu universel

Malgré les bénéfices que certains pouvaient en tirer, la province canadienne met un terme à son expérimentation du revenu de base.

Si Benoît Hamon l’a popularisé en France avec son programme pour les présidentielles de 2017, le concept de revenu de base, ou revenu universel, existe depuis plusieurs siècles comme modèle à la fois économique et philosophique. Du salaire universel qui voudrait refonder notre rapport au travail au revenu minimum, qui remplacerait les aides sociales, ce revenu englobe de nombreuses idéologies et a été théorisé par plusieurs propositions différentes.

Si les jalons théoriques sont posés, la pratique manque encore pour appuyer le propos: sans applications concrètes et durables, impossible de savoir précisément si les bénéfices apportés par le revenu universel sont suffisants pour, justement, l'universaliser. Et, après l’abandon des tests sur le revenu de base en Finlande, c’est au tour de l’Ontario, la plus grande province canadienne, de mettre fin prématurément à son expérimentation.

Le scénario ressemble à celui déjà observé: alors que l’expérience devait durer trois ans, l’élection d’un gouvernement libéral et conservateur (Doug Ford, élu premier ministre de l’Ontario en juin 2018) a coupé court à cet essai grandeur nature: les édiles de la Province ont décider de stopper le programme, jugé trop coûteux et décrit comme n'étant «clairement pas la réponse pour les familles de l’Ontario».

Coup de massue

Durant trois ans, 4.000 personnes aux bas revenus devaient toucher jusqu’à 17.000 dollars canadiens par an (environ 11.200 euros). L’annulation de cette mesure a été reçue comme un coup de massue par ces dernières, puisqu'elles doivent désormais modifier tous les plans échaffaudés en fonction de sommes sur lesquelles elles pensaient pouvoir compter pendant encore un an et demi. Malgré ces embûches et en dépit de la brièveté qui a précédé son avortement, cette tentative permet néanmoins de tirer certaines conclusions.

Les exemples de la Finlande et de l’Ontario démontrent la grande fragilité de ces solutions, conçues pour être pérennes mais qui se trouvent à la merci des revirements de gouvernements ou des nouvelles élections. Selon le Réseau ontarien pour le revenu de base (Binc), un lobby pro-revenu universel, l'expérimentation canadienne était pourtant très encourageante.

Cette organisation a soumis des questionnaires à 424 cobayes et en a tiré un bilan très positif: «Peu importe le problème étudié: que ce soit la santé mentale, la sécurité alimentaire ou le travail précaire, le revenu de base peut faire partie de la solution.»

Selon le Binc, 32% des personnes sont retournées à l’école ou ont reçu une formation professionnelle pour changer de carrière, un tiers n'a plus besoin de banque alimentaire pour se nourrir et 46% ont pu régler leurs dettes. La liste n'est pas exhaustive.

Des encouragements, mais une réalité qui n'a pas eu l'occasion d'être étayée ni consolidée: le Binc lui-même explique qu’un échantillon de 424 personnes étudiées pendant un an et demi ne permet pas de tester scientifiquement un projet aussi complexe qu’un système de protection sociale. Une conclusion que partageait déjà Kela, l’agence de sécurité sociale finlandaise, après deux ans de test.

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