Le porte-avions Minsk dans le port de Shenzhen, le 10 mai 2000, lors de sa transformation en attraction. | Dustin Shum / AFP
Le porte-avions Minsk dans le port de Shenzhen, le 10 mai 2000, lors de sa transformation en attraction. | Dustin Shum / AFP

Pourquoi un porte-avions soviétique rouille-t-il dans un fleuve en Chine?

Un itinéraire surprenant, de la marine de l'URSS à un lagon artificiel chinois en passant par un parc d'attractions.

Les automobilistes qui traversent le fleuve Yangzi Jiang (ou «fleuve bleu») en direction de la ville de Nantong feraient bien de regarder sur leur gauche. Dans un lagon artificiel près du pont de Sutong, trône un porte-avions soviétique de 40.000 tonnes.

Que fait ce navire au beau milieu des terres agricoles qui bordent Shanghai, à plus de 100 kilomètres de l'océan? Tout commence en 1972, raconte The Drive, lorsque le porte-avions Minsk est mis à flot dans l'actuelle Ukraine, puis rejoint la flotte de l'Union soviétique stationnée dans l'océan Pacifique.

Lors de l'effondrement de l'URSS en 1991, le navire anti-sous-marins récupère le pavillon russe. Seulement, la maintenance des navires de classe Kiev, à laquelle le Minsk appartient, est difficile et coûteuse. D'autant que les installations nécessaires se trouvent en Ukraine, désormais indépendante.

Le Minsk, comme son jumeau le Novorossiysk, sont donc vendus en 1995 à une entreprise coréenne, afin d'être démantelés. Le Novorossiysk est bien désossé, mais des écologistes coréens s'opposent à ce que le Minsk subisse le même sort. Il est alors vendu à Guangdong Ship Dismantling, une entreprise chinoise, qui elle-même le revend à Si Ke Investment, une société spécialisée dans les bornes d'arcades.

Et le navire de guerre devint une attraction

Le Minsk accoste finalement dans le port de Shenzhen, face à Hong Kong, et devient la pièce principale du musée et parc d'attractions militaire Minsk World. Une collection hétéroclite d'avions de chasse et d'hélicoptères, ainsi que des missiles et des bombes inactives y sont exposés; des numéros musicaux sont proposés aux touristes sur la piste d'atterrissage.

Un article du Washington Post évoque en 1999 des rumeurs selon lesquelles Minsk World est une couverture censée dissimuler un autre projet: la Chine, dont l'armée n'était à l'époque pas dotée de porte-avions, aurait voulu remilitariser le bâtiment, ou en tout cas le faire étudier par ses ingénieurs militaires.

Toujours est-il qu'en 2006, les propriétaires de Minsk World sont ruinés, et le parc ainsi que son navire sont vendus. Il change de mains plusieurs fois jusqu'à être racheté par Dalian Yongjia Group, une entreprise d'immobilier. Mais le bateau est dans un sale état. En 2013, il est donc acheminé à Zhoushan, non loin de Shanghai, pour des rénovations. L'idée est alors de rouvrir Minsk World autre part.

Seulement, raconte The Drive, le projet doit être au point mort puisque entre 2017 et 2018, le Minsk a appareillé dans le lagon artificiel où il repose encore aujourd'hui.

Depuis, le porte-avions semble être resté à l'abandon. Des vidéos au drone ne montrent aucun signe d'activité et des YouTubeurs urbex (exploration de lieux abandonnés) ont pu y entrer sans problème, ni signe de mesures de sécurité. Ils ont d'ailleurs trouvé un MiG-23 (un avion de chasse soviétique) dans l'un de ses hangars, héritage de ses deux passés bien différents.

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