Certaines et certains gamers font coïncider le quasi photoréalisme du jeu à un réalisme historique dont d'autres se passeraient bien. | Capture d'écran
Certaines et certains gamers font coïncider le quasi photoréalisme du jeu à un réalisme historique dont d'autres se passeraient bien. | Capture d'écran

Le racisme «réaliste» de «Red Dead Redemption 2» online

Incarner un joueur noir dans le versant online de «Red Dead Redemption 2», c'est se confronter à un racisme sans borne ni censure.

Un petit rappel s’impose à celles et ceux qui n’ont eu la chance de se balader, crinière au vent et colt à la ceinture, dans l’extraordinaire et très contemplatif monde de Red Dead Redemption 2. Le jeu conçu par Rockstar se déroule à la toute fin du XIXe siècle et sa campagne solo met en scène une bande de hors-la-loi en fuite permanente, perdus dans un monde qu’ils ne comprennent plus, rejetés par une société qui ne veut plus d’eux.

Un personnage noir et un autre métis, une apparition du Klux Klux Klan lors d’une scène spectaculaire, quelques détails ici ou là: dans sa version offline, le jeu fait plutôt mollement cas de la question du racisme –pourtant endémique dans la société américaine de l’époque. C’est dans sa version online –où les personnages créés par les joueurs et les joueuses arpentent librement ces immenses territoires comme bon leur semble– que les choses se sont méchamment corsées.

Simulacres de lynchages

The Verge a ainsi souligné la violence symbolique dont sont victimes les avatars noirs, visés par des actes proprement racistes: usage récurrent du «N word» –un mot banni dans la société américaine mais qui reste toujours très présent chez les gamers et les gameuses, lynchages en règle voire simulacres de pendaisons (le lasso est l’un des accessoires du jeu)... incarner un personnage noir dans la version online de Red Dead Redemption 2, c’est risquer de se confronter à une version hardcore, non-filtrée et non-censurée du racisme ordinaire.

La rencontre avec le KKK dans le jeu. Certaines et certains gamers se sont plaints qu'y emmener un personnage noir ne déclenchait aucune réaction particulière de la part de ces messieurs masqués.

Pire: il ne s’agit pas du racisme ordinaire de l’ère moderne mais de celui, plus violent encore, de l’époque dépeinte par le jeu –l’excuse du réalisme historique derrière lequel se cachent parfois celles et ceux qui commettent ces exactions. «J’étais à Blackwater [l’une des villes du jeu –ndlr] quand une bagarre a éclaté», explique ainsi un joueur anonyme, que The Verge a décidé de nommer Louis. «Les insultes ont commencé à voler et l’un des personnages blancs m’a demandé: "Sais-tu en quelle année nous sommes?"».

Une manière transparente de lui expliquer que ce qui était sur le point de lui arriver était la norme. Du moins en 1899. Une norme qui a évolué depuis mais qui n'empêche pas, sous couvert d'anonymat, aux bas instincts de s'exprimer et de prendre le pouvoir, puisque ces «actes» n'ont, en 2019, aucune répercussion dans le monde réel.

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