La recherche préventive de nouveaux virus et de traitements pourrait bien sauver l'humanité. | National Cancer Institute via Unsplash
La recherche préventive de nouveaux virus et de traitements pourrait bien sauver l'humanité. | National Cancer Institute via Unsplash

Il est déjà temps de se préparer à la prochaine pandémie

Le monde n'était pas prêt pour l'irruption d'un danger tel que le Covid-19. Il aurait pourtant pu l'être.

Dès 2018, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) établissait une liste de virus à surveiller de très près à l'international. Parmi eux se trouvaient entre autres Ebola, la fièvre de Lassa, Zika, le MERS et le SARS (deux coronavirus).

Au bas de ce catalogue mortel, on trouve l'appellation «maladie X». Celle-ci est décrite par l'OMS comme «une épidémie internationale grave causée par un agent pathogène actuellement non connu, capable d'engendrer une maladie humaine». Cette définition correspond parfaitement au Covid-19, dont les ravages ont débuté en décembre 2019.

Or, malgré cette liste et l'alerte claire sur le fait qu'un virus pourrait causer une pandémie mondiale avec un taux de mortalité important, le monde ne s'est pas suffisamment préparé. Dans une longue enquête, le New York Times donne la parole à Peter Daszak, un des scientifiques à l'origine de la liste de l'OMS et spécialiste de la prévention anti-pandémies.

«Le problème n'est pas que la prévention était impossible, expose-t-il. C'était d'ailleurs très possible. Mais nous ne l'avons pas fait. Les gouvernements pensaient que c'était trop coûteux. Et les entreprises pharmaceutiques fonctionnent au profit.»

Aujourd'hui, alors qu'une bonne partie des pays du monde ont été frappés, parfois très violemment, par la pandémie de Covid-19, l'heure est à la réflexion: comment pourrait-on anticiper la prochaine pandémie?

Recherche et prévention

Selon les scientifiques, l'une des solutions pour lutter contre une éventuelle pandémie est la fabrication de médicaments et vaccins «panviraux», efficaces contre un large éventail de souches. Problème: ces traitements sont plus difficiles à créer et demandent donc plus de moyens que les autres. Il aurait été tout à fait possible d'imaginer un médicament efficace contre plusieurs coronavirus, explique le New York Times.

Autre approche: les «vaccins ARNm». Ces sérums utilisent l'ARN messager afin de produire des protéines spécifiques et provoquer une réponse immunitaire appropriée et rapide dans les organismes vaccinés. La technique pourrait changer bien des choses, tant son potentiel est grand, notamment grâce à une durée de fabrication relativement courte (un mois pour une souche connue, deux à trois pour une inconnue).

Aux États-Unis, l'entreprise Moderna travaille en ce moment sur un éventuel vaccin contre le Covid-19, établi en seulement quarante-deux jours à partir de la séquence génétique du virus. Le traitement est actuellement en phase d'essais cliniques.

Au-delà de la recherche en amont sur des traitements génériques ou rapides à produire, l'une des dimensions cruciales de la prévention anti-pandémie se trouve dans l'étude des agents pathogènes que renferme la vie animale sur Terre.

Ils sont extrêmement nombreux: 1,6 million pour être précis, dont nous ne connaissons que moins de 1% à l'heure actuelle. Ces virus zoonotiques (contractés à l'origine par les animaux) peuvent parfois, comme c'est le cas avec le Covid-19, contaminer les êtres humains.

Les chauves-souris sont connues pour avoir transmis à l'espèce humaine de nombreuses maladies (les virus Nipah, Hendra et SARS, notamment). Souvent, la transmission se fait par un autre animal intermédiaire, comme le cheval ou le chameau, qui sont plus facilement en contact avec les chauves-souris.

Les scientifiques préconisent donc de tester continuellement le plus d'animaux possible afin de prévenir l'émergence d'un potentiel virus. Mais cela coûte cher, et la rareté des virus susceptibles de causer une pandémie décourage les acteurs qui financent la recherche.

Malheureusement, tout ne dépend pas de la bonne volonté des scientifiques, qui ne peuvent rechercher de nouveaux virus ou de nouveaux traitements sans argent.

Des financements introuvables

Si des vaccins panviraux n'ont pas encore été développés ces dernières années, c'est parce que personne n'est prêt à payer pour leur développement. La plupart des entreprises pharmaceutiques refusent de s'y coller, car elles doivent dépenser des centaines de millions de dollars pour développer un vaccin que les gens ne prendront qu'en cas d'épidémie.

D'autre part, certains gouvernements n'hésitent pas à couper sur les programmes de recherche lorsqu'ils ont besoin de réduire un budget. Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille, a récemment dénoncé les désengagements successifs de l'Europe et de la France envers les projets d'anticipation des virus.

En pleine pandémie, des fonds d'investissement et des ONG prennent alors le relais et financent des centres de recherche pour l'étude de vaccins et de traitements. Une forme de coopération internationale se met petit à petit en place, avec des sociétés pharmaceutiques qui mettent leurs ressources à disposition des laboratoires.

Toutefois, cet élan de coopération et d'admiration pour nos scientifiques, provoqué par l'urgence et la gravité de la situation, pourrait tout aussi bien retomber une fois la crise passée. Après les épidémies de SARS et d'Ebola, nombre de responsables politiques avaient promis de s'engager dans des grands projets de recherche préventive –des promesses, on s'en rend compte aujourd'hui, qui n'ont pas été tenues.

En France, Emmanuel Macron a récemment déclaré vouloir «augmenter de 5 milliards d’euros notre effort de recherche». Une annonce faite dans la précipitation, juge le chercheur Bruno Canard: «En recherche virale, la tendance est plutôt à mettre le paquet en cas d’épidémie et, ensuite, on oublie.»

En ce moment

Refroidir simplement la Terre, l'avenir doré du music business, produire un jeu vidéo en télétravail, une journée sur korii.

Et Cætera

Refroidir simplement la Terre, l'avenir doré du music business, produire un jeu vidéo en télétravail, une journée sur korii.

Ce qu'il ne fallait pas manquer aujourd'hui.

Produire un jeu vidéo en pleine pandémie: l'exemple de Quantic Dream

Tech

Produire un jeu vidéo en pleine pandémie: l'exemple de Quantic Dream

Le développeur de «Detroit: Become Human» a dû revoir ses méthodes de travail en quelques jours pour s'adapter au confinement.

Qui a dit que l'industrie musicale était morte et enterrée?

Biz

Qui a dit que l'industrie musicale était morte et enterrée?

Son chiffre d'affaires pourrait doubler d'ici à 2030.