Le pari du leader travailliste: faire travailler les Britannique moins, mais mieux. | Isabel Infantes / AFP.
Le pari du leader travailliste: faire travailler les Britannique moins, mais mieux. | Isabel Infantes / AFP.

Travailler quatre jours par semaine, est-ce vraiment raisonnable?

L'idée du «Four day-week» défendue Jeremy Corbyn oppose les travaillistes et les libéraux britanniques.

  • Qui propose cette politique?

Jeremy Corbyn, le leader du Parti travailliste britannique. Alors que Theresa May démissionnera de son poste de Première ministre le 9 juin, la course pour la conquête du cœur des Britanniques est relancée. La stratégie de Corbyn? Le «Four day-week», soit la semaine de 4 jours. Selon un article de The Independant, les trois quarts de la population active anglaise seraient favorable à l'instauration de cette politique.

  • C'est quoi le «Four day-week»?

Travailler quatre jours par semaine au lieu des cinq communément admis. Cette organisation peut se traduire de deux manières, selon une étude d'ADP, «The Workforce View in Europe 2019»:

  1. Une baisse du nombre d'heures de travail hebdomadaire, comme l'a fait la France en 1998 avec les 35 heures, avec maintien de la rémunération.
  2. Un statu quo sur le nombre d'heures hebdomadaires avec une augmentation des amplitudes horaires quotidiennes afin que toutes les heures soient effectuées.

Le projet, porté par Jeremy Corbyn et l'économiste Robert Skidelsky, semble pencher vers la première option. «Avec cette proposition, Jeremy Corbyn pose clairement la question de la réduction du temps de travail», nous a expliqué Christophe Ramaux, économiste au Centre d'économie de la Sorbonne (CES).

  • Pourquoi une telle proposition?

«Le Royaume-Uni est touché par un problème majeur. Même si son taux de chômage est de 3,9% aujourd'hui, il masque un recours massif au temps partiel et à l'emploi précaire», explique Christophe Ramaux.

Travaux de Robert Skidelsky à l'appui, le leader du Parti travailliste souhaite encourager les entreprises à embaucher à temps plein pour réduire la précarité, améliorer les conditions de travail et la santé de salarié·es.

Robert Skidelsky estime que la population anglaise travaille trop et que le gouvernement aurait tout intérêt à investir dans la mécanisation et la robotique afin de libérer du temps pour les personne qui travaillent. Du temps pour se reposer, passer davantage de temps en famille, faire du sport... afin de repartir de plus belle le lundi matin et, éventuellement, investir dans ce qui a parfois été appelé la «société des loisirs».

  • Des résultats contrastés et contestés

On connaît les 35 heures à la française, instaurées pour répondre au chômage de masse et améliorer les conditions de travail. Les avis sur le bilan de cette mesure diffèrent en fonction des économistes. Alors que l'OFCE, le Dares et l'Insee annoncent que les 35 heures ont crée entre 300.000 et 400.000 emplois entre 1998 et 2002, les critiques abondent.

Des instituts de recherche tels que COE-REXECODE dénoncent une politique néfaste pour la compétitivité française, donc pour l'emploi: manque de flexibilité pour les entreprises comme pour le salariat, perte de compétitivité par rapport à nos voisins qui travaillent plus et destruction d'emplois à long terme, etc.

Pourtant, un rapport parlementaire de 2014 mené par la députée socialiste Barbara Romagnan dresse un constat plutôt positif des 35 heures. Le rapport juge cette politique d'emploi comme «la plus efficace et la moins coûteuse depuis les années 1970». Alors, bonne politique ou pas? Côté français, on n'a pas encore tranché.

D'autres pays ont testé la «RTT». En 2015, la municipalité de Göteborg (Suède) a décidé de réduire le temps de travail à 30 heures par semaine réparties sur quatre jours, sans baisse de la rémunération. Malgré un coût jugé trop élevé par l'opposition libérale, les résultats ont été sans appel: baisse du nombre d'arrêt maladie, des salarié·es mieux dans leur vie personnelle et une augmentation de la productivité.

L'Allemagne a validé la semaine à 28 heures dans la métallurgie l'année dernière pour des raisons de pénibilité. Les employé·es ont désormais le choix entre travailler 28 heures (payées 28 heures puis 35 heures au bout de deux ans) ou de travailler davantage.

La réduction du temps de travail pourrait contribuer au recul du chômage et à l'amélioration des conditions de travail.
Christophe Ramaux, économiste

La «four day-week» peut être vue comme une politique anti-travail, il n'empêche qu'elle représente une idée économique et sociétale globale susceptible de fonctionner.

«Un rapport récent de l'Igas démontre que la réduction du temps de travail pourrait contribuer au recul du chômage et à l'amélioration des conditions de travail», nous confie Christophe Ramaux. «Après, c'est sûr, il faut que les entreprises soient accompagnées et aidées. Mais cela peut-être une réelle bonne solution.»

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