Des soldats russes défilent sur la place Rouge, à Moscou, le 9 mai 2015. | Kirill Kudryavtsev / AFP

Des soldats russes défilent sur la place Rouge, à Moscou, le 9 mai 2015. | Kirill Kudryavtsev / AFP

Ce que signifie la «mobilisation» en Russie

Officiellement, le pays n'est pas en guerre, mais il le sera peut-être bientôt. Et 300.000 réservistes seront appelés.

«Mobilizatsiya» en russe, soit «mobilisation» en français. Le terme est, depuis quelques semaines et les débâcles subies par les troupes de Moscou en Ukraine, sur toutes les lèvres, dans les médias nationaux russes comme dans les écrits furieux des blogueurs ultranationalistes et commentateurs militaires du cru.

Ces derniers jours, nombre de médias rapportaient que le pays se préparait activement à cette fameuse mobilizatsiya. Au grand dam d'ailleurs de ses marchés et de son économie, et ce bien que la manœuvre soit sans doute à visées internes plutôt qu'externes et réellement militaires.

Alors que Vladimir Poutine, son ministre de La Défense Sergueï Choïgou et le Kremlin s'étaient jusqu'ici refusés à décréter cette fameuse mobilisation, se bornant à qualifier la guerre en Ukraine de simple «opération spéciale», les choses ont évolué. Ce mercredi 21 septembre au matin a ainsi été décrétée une «mobilisation partielle» du pays, supposée concerner 300.000 réservistes.

Moscou a également annoncé la tenue rapide de référendums d'annexion dans quatre régions ukrainiennes (Lougansk, Donetsk, Kherson et Zaporijia).

Mais que signifie exactement, y compris sur le plan pratique, une mobilisation en Russie? La procédure étant spécifiques au pays, c'est la question à laquelle ont essayé de répondre The War Zone, et le média indépendant Meduza, avant les annonces du Kremlin.

Le site explique que la mobilizatsiya ne peut intervenir que si le pays est formellement en guerre, ce qui n'est (étrangement) pas le cas dans le cadre de cette fameuse «opération spéciale» en Ukraine.

Mais l'annexion de certaines régions ukrainiennes en ferait des territoires russes, et leur attaque permettrait à Moscou d'entrer officiellement en guerre, déclenchant ainsi la possibilité légale d'une mobilisation. Vladimir Poutine a de surcroît expliqué, lors de son allocution ce mercredi, que la Russie était prête à utiliser «tous les moyens» –y compris atomiques– pour se «protéger».

Chair fraîche à canon

Ainsi que l'expliquait en 2016 le cercle de réflexion Chatham House, et comme le reprend The War Zone, la mobilisation à la russe est à la fois industrielle et humaine. Sur le plan économique et technique, elle suggère une réorganisation de tous les acteurs autour de la guerre et de ses besoins.

«Cela vient de la planification de l'ère soviétique, écrivait Andrew Monaghan de Chatham House dans son étude de 2016, dans laquelle le complexe militaro-industriel était au cœur d'un système centralisé pour préparer l'économie à la guerre. La préparation à la guerre était présente à chaque niveau du pouvoir et des plans militaires étaient liés à l'industrialisation.»

Bref, une mobilisation en bonne et due forme permettrait au Kremlin de mettre littéralement au pas l'économie du pays et de la réorganiser un peu plus encore autour de ses objectifs militaires.

Sur le plan humain, c'est le destin des conscrits et des réservistes qui se joue avec le déclenchement de la mobilizatsiya: dans un contexte d'augmentation par décret des effectifs de l'armée, mais de grandes difficultés pour recruter, y compris pour le Groupe Wagner et ses repris de justice, cette chair à canon plus ou moins fraîche serait immédiatement appelée sous les drapeaux et envoyée sur le front.

D'autres, explique The War Zone, pourraient être mobilisés pour renforcer l'effort de guerre et ce nouvel afflux de conscrits et d'appelés, notamment des spécialistes en diverses matières utiles au combat (médecins, techniciens, etc.) ou de jeunes militaires retraités.

Il est à noter que jusqu'ici, les conscrits n'étaient pas légalement forcés de partir à l'étranger, donc en Ukraine. Il a néanmoins été rapporté de multiples fois que nombre d'entre eux ont été contraints de signer des contrats permettant au ministère russe de la Défense de les envoyer au front en dehors de leur mère patrie.

Avec la «mobilisation partielle» annoncée et en cas de guerre officielle, ce type de subterfuge ne sera bien sûr plus nécessaire pour envoyer de la chair fraîche à canons ukrainiens sur des fronts qui resteraient sans doute fortement malmenés.

Beaucoup de jeunes Russes et appelés potentiels se préparent à ces sombres éventualités, notamment l'interdiction formelle pour eux de quitter le territoire russe.

Alors que les législateurs russes introduisaient la loi martiale et la mobilisation dans le code criminel du pays, et ainsi que l'ont rapporté plusieurs observateurs et observatrices mardi 20 septembre au soir, les recherches internet concernant la meilleure manière de quitter le pays en urgence ont atteint un très notable pic.

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