Au pas de course vers une mort certaine? | Filip Andrejevic via Unsplash
Au pas de course vers une mort certaine? | Filip Andrejevic via Unsplash

Les mobilisés de Poutine, des bons à rien pour l'armée russe?

Décréter ne suffit pas. Loin de là.

Décrétée le 21 septembre au matin, la «mobilisation partielle» de 300.000 hommes, qui pourraient en réalité être un million, passe mal. Les images et témoignages affluent, dans les médias ou sur les réseaux sociaux.

Les manifestations et leur répression, les embouteillages aux frontières pour quitter le pays, le chaos dans des aéroports pris d'assaut avec le même objectif, les hommes qui affirment vouloir se casser volontairement un bras ou une jambe pour échapper au front: les Russes ne partent pas vraiment au combat la fleur au fusil, et le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui les a directement appelés à la désobéissance jeudi 22 septembre lors d'un discours télévisé, l'a bien compris.

Dans tout cela, une question se pose à certains analystes militaires: s'il est difficilement contestable que l'afflux massif de nouvelles chairs à canons pourrait servir à combler les vides laissés par les premiers mois de la guerre –il était déjà question, début août, de plus de 80.000 morts ou blessés selon le Pentagone–, ces 300.000 ou ce million de nouveaux soldats pourraient ne pas être très efficaces sur le terrain.

Car s'il a été annoncé par le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, que les hommes appelés sous les drapeaux seraient ceux disposant déjà d'une certaine expérience militaire, Dimitri Minic chercheur de l'Institut français des relations internationales (IFRI) affirme au Monde que seuls 5.000 réservistes s'entraînent de manière régulière et peuvent être considérés comme des militaires déjà aptes à la bataille.

«L'armée russe n'est pas actuellement prête à déployer rapidement et efficacement 300.000 réservistes», explique également Alexander Lord, analyste pour Sibylline à Londres, à CNN. «La Russie lutte déjà pour équiper efficacement ses forces professionnelles en Ukraine, à la suite de pertes de matériels significatives pendant l'hiver.»

Futures pertes

Selon le site spécialisé Oryx, qui depuis le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie comptabilise quotidiennement les pertes matérielles confirmées des armées du Kremlin, l'hécatombe aurait été terrible: plus de 6.300 équipements auraient ainsi été perdus par l'armée russe, dont 1.183 chars.

C'est colossal, et cela concerne parfois des blindés de très haut niveau, tel un T-90M dernier cri capturé par l'ennemi. La récente contre-offensive ukrainienne dans la région de Kharkiv et la débandade russe qui a suivi ont, à ce titre, coûté très cher au Kremlin. Du pain bénit pour les forces de Kiev, que certains de ces blindés abandonnés renforcent mécaniquement.

La Russie semble par ailleurs déjà être à cours de munitions, au point de devoir acquérir des millions d'obus en Corée du Nord ou des drones en Iran, mais aussi de missiles de croisière et, plus généralement, du fait de l'efficacité des sanctions occidentales, de la capacité industrielle à refaire ses stocks. Selon les experts interrogés par CNN, les équipements les plus basiques –casques, gilets pare-balles, tenues hivernales à l'approche des froids mordants de l'Ukraine– pourraient également manquer.

Surtout, expliquent-ils en cœur, la Russie est loin, très loin de disposer des officiers nécessaires à l'encadrement de ces troupes nouvellement envoyées au front, et ne dispose pas des structures suffisantes pour former, à la volée, ces indispensables rouages, déjà largement défaillants depuis février.

Moral au plus bas avant même le départ pour le front, formation inexistante, équipement qui fait défaut... «Il est peu probable que l'influx de réservistes ait un impact sérieux sur le champ de bataille avant 2023 –et même à ce moment, il est probable qu'ils soient mal entraînés et mal équipés», estime Alexander Lord, de Sibylline.

«Ni les officiers supplémentaires ni les structures nécessaires pour une mobilisation de masse n'existent aujourd'hui en Russie», abonde un autre spécialiste de la chose militaire russe, Trent Telenko. Qui n'y va pas par quatre chemins: selon lui, ces hommes sont, d'une certaine manière, déjà morts.

«Des vagues de vingt ou cinquante hommes sans entraînement, équipés d'AK-quelque-chose et de radios qui tombent en miettes s'effondreront à la première attaque de l'artillerie ou des blindés ukrainiens», décrit-il ainsi, pessimiste.

En face, conscient malgré tout de la force brute que ces 300.000 ou ce million de corps offriraient au front russe, l'Ukraine appelle à l'envoi de plus d'armes de la part de l'Occident –qui semble disposé à s'exécuter, malgré les menaces de Poutine.

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