Ceci n'est pas une pizza. Ni la Terre, d'ailleurs, mais Jupiter. | NASA/JPL-Caltech/SwRI/ASI/INAF/JIRAM via Flickr
Ceci n'est pas une pizza. Ni la Terre, d'ailleurs, mais Jupiter. | NASA/JPL-Caltech/SwRI/ASI/INAF/JIRAM via Flickr

Vous avez senti? Le cœur de la Terre a changé de sens de rotation

C'est ce qu'affirment d'éminents sismologues dans une étude publiée par Nature.

La Terre tourne. Ça, vous le saviez, du moins l'espérons-nous. Mais saviez-vous que la Terre dans la Terre tournait aussi, pas forcément dans le même sens, pas forcément à la même vitesse? Qu'elle était capable de s'arrêter, de tourner dans un sens, puis dans l'autre?

Selon une étude publiée dans Nature Geoscience par deux sismologues réputés de l'université de Pékin, Xiaodong Song et Yi Yang, il se passe ainsi un drôle de rififi, presque digne d'un film catastrophe de série B comme l'infernal Au cœur de la Terre, sous nos pieds en ce moment même. Comme l'explique le New York Times, le cœur de la Terre se serait ainsi arrêté, et commencerait à changer de sens de rotation.

Ce cœur au cœur du cœur est ce que l'on appelle le noyau interne, ou la «graine». Sous les océans infernaux de magmas en fusion constituant une grosse partie du manteau terrestre se love ainsi une boule de métal solide, faite a priori de fer et de nickel, qui se serait cristallisée il y a bien longtemps.

Twist again

C'est la sismologue Inge Lehmann qui, la première, a découvert et théorisé l'existence de cette «graine». Celle-ci, d'un diamètre estimé à près de 2.450 kilomètres, est bien sûr inaccessible à une étude directe.

Cette «planète dans la planète», comme la décrit Xiaodong Song, tourne à un rythme qui n'est pas forcément celui de la Terre dans son ensemble. C'est en analysant l'effet de ce noyau solide sur des ondes provoquées en surface par des séismes puissants ou par des essais nucléaires que les scientifiques se sont rendus compte que la graine, a priori, tournait sur elle-même.

L'une des explications possible est une sorte de bras de fer titanesque entre l'énorme champ magnétique créé par le manteau magmatique qui l'enserre directement et la gravité tout aussi dantesque de la croûte solide de la Terre. La première «tirerait» la graine et la pousserait à tourner sans un sens, tandis que la seconde ferait la même chose, mais dans l'autre sens.

Un bras de fer sans vainqueur: depuis que graine est graine, celle-ci serait ainsi engagée dans une valse sans fin, qui la ferait accélérer dans un sens, puis ralentir et s'arrêter, pour repartir dans l'autre. C'est précisément, selon Xiaodong Song et Yi Yang, ce qui est en train de se passer. En étudiant les ondes sismiques naturelles ou provoquées par l'homme depuis les années 1960, les deux scientifiques chinois ont déterminé un modèle selon lequel chaque cycle rotation-pause-rotation dans l'autre sens dure soixante-dix ans.

Selon eux, relativement à la surface de la Terre, son noyau était plus ou moins immobile au début des années 1970. Puis, la graine a commencé à tourner sur elle-même, vers l'Est, finissant, comme l'explique le New York Times, par tourner plus vite que la planète. Elle a ensuite de nouveau ralenti, pour stopper sa rotation entre 2009 et 2011. Et, ces jours-ci, pour reprendre sans même nous prévenir sa rotation, vers l'Ouest cette fois. Elle devrait encore accélérer avant de s'arrêter à nouveau aux alentours de 2040 –et ainsi de suite.

Rassurez-vous: vous ne devriez aucunement souffrir de ce ballet des hautes profondeurs, puisqu'il n'a a priori qu'un effet minimal sur la bonne marche de notre planète –à peine peut-il éventuellement très légèrement modifier son champ magnétique ou la durée réelle et astronomique d'une journée. Mais comme l'explique une dépêche de l'Agence France-Presse, relayée par France 24, le modèle théorisé par Xiaodong Song et Yi Yang n'en est qu'un parmi d'autres. Le débat est vif dans la communauté des sismologues sur la réalité de cette rotation, ou sur la durée de ses infinis va-et-vient.

Selon John Vidale, sismologue pour l'université de Californie du Sud, le papier publié par ses confrères chinois est «une étude très attentive réalisée par d'excellents scientifiques». Mais l'Américain, qui pourtant propose lui-même d'autres calculs dans lesquels les cycles seraient beaucoup plus courts, ajoute qu'«aucun des modèles n'explique tout à fait parfaitement ces données».

«Quel que soit votre modèle préféré, il y a toujours des données qui le contredisent», dit-il. Pour avoir des preuves concernant ce surprenant twist des profondeurs, il ne reste plus qu'à organiser un voyage au centre de la Terre, pourquoi pas sur les plans de Jules Verne. Ou, parce qu'il restera probablement à jamais inaccessible à l'humain, à continuer à recueillir et à affiner les données, pour s'engueuler entre experts lors de grandes conférences de sismologues.

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