Cette tendance trouve son origine dans le «futurisme», une stratégie prédictive. | Kellepics via Pixabay
Cette tendance trouve son origine dans le «futurisme», une stratégie prédictive. | Kellepics via Pixabay

Quand la fiction se fait science (pour de bon)

Les écrivain·es sont sollicité·es par des bureaux d'étude pour faire de la prospective dans les cabinets d'urbanisme ou les think tanks politiques.

Être de son temps, c'est plus que jamais anticiper l'avenir. Partant de ce constat, les entreprises américaines sont de plus en plus nombreuses à solliciter le talent d'écrivain·es de science-fiction et autres spécialistes en futurologie pour affiner leurs stratégies et conduire leurs projets.

Expert en ingénierie, le bureau d'études Arup est l'un des grands noms du secteur à qui l'on doit, entre autres, la réalisation de l'opéra de Sydney, du Centre Pompidou ou encore du «Nid d'oiseau», le stade national de Pékin construit pour les Jeux olympiques de 2008.

Aujourd'hui, face aux enjeux climatiques et aux nouvelles technologies, Arup cherche à innover pour penser la ville de demain. Afin de l'aider dans ce travail de prospective, le géant britannique s'est offert les services de Tim Maughan, un écrivain-journaliste qui a signé un premier roman remarqué en mars dernier, Infinite Detail.

Il y dresse le portrait d'un monde post-internet où la faillite des technologies entraîne des bouleversements sans précédent.

Au sein d'Arup, Tim Maughan a dû élaborer des scénarios futuristes racontant la navette quotidienne de quatre personnages, se demandant qui parmi eux choisirait de prendre les transports en commun, opterait pour un véhicule privé ou préférerait se rendre au travail à pied ou à vélo. Chacune des vignettes conçues par l'écrivain imaginait un contexte différent. Dans certaines, le changement climatique avait d'ores et déjà ravagé la planète, dans d'autres les dégâts ont été limités. Une série fictionnelle qui devrait permettre à Arup de mieux visualiser et concevoir la mobilité urbaine du futur.

Des outils inédits pour penser autrement

Loin d'être une pratique isolée, le recours à la science-fiction est de plus en plus populaire dans le monde de l'entreprise. En 2017, la Harvard Business Review encourageait les businessmen à lire plus de SF, un conseil repris par l'un des quatre plus grands cabinets d'audit et de conseil au monde, Price Waterhouse Cooper qui publie la même année un mini-guide sur la question. La presse américaine s'est alors emparée du sujet, le New Yorker s'interrogeant sur l'emploi de ce nouvel outil narratif en vogue au sein du patronat américain.

La science-fiction n'aide pas uniquement les entreprises à concevoir ou rendre plus «vivantes» leurs prospectives. Elle intéresse désormais les milieux politiques. Aux États-Unis, la New America Foundation, un think tank au centre de l'échiquier politique, a tenu en mai dernier une conférence sur les enseignements de la science-fiction en matière d'intelligence artificielle.

Cette tendance trouve son origine dans le «futurisme», une stratégie prédictive prônée notamment par la World Future Society et l'Association of Professional Futurists qui ont vu le nombre de leurs publications exploser ces dernières années. Loin de la pure création romanesque, les personnes qui y travaillent élaborent leurs hypothèses à partir de bases de données, de modélisations et de tableurs pour anticiper le monde du futur.

Interrogé sur la question par la journaliste de Wired, Tim Maughan dément appartenir à ce courant futuriste. Il n'en reste pas moins que son profil d'écrivain-journaliste spécialisé dans la technologie lui confère un statut particulier. Il n'est pas rare que certains futuristes se lancent dans l'écriture. Ce fut le cas pour Madeline Ashby, détentrice d'un master de Design in Strategic Foresight and Innovation [Design dans la prospective stratégique et l'innovation]. Tout en poursuivant la rédaction d'une série de romans, elle soutient activement les entreprises dans l'élaboration de leurs stratégies et prévisions.

De telles collaborations entre l'univers pragmatique d'un marché mondialisé et le monde visionnaire de la science-fiction semblent promises à un bel avenir. Après tout, si le calendrier en avait décidé autrement, Jules Verne n'aurait-il pas été le conseiller «number one» de la Nasa?

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