Dis-moi comment tu souhaites les anniversaires, je te dirai qui tu es. | Adi Goldstein via Unsplash
Dis-moi comment tu souhaites les anniversaires, je te dirai qui tu es. | Adi Goldstein via Unsplash

Ce que révèle votre manière de souhaiter les anniversaires sur les réseaux sociaux

Facebook, Twitter, Instagram, texto, appel... Tous les supports ne se valent pas quand il s'agit de fêter un an de plus.

«Un joyeux anniversaire + prénom!» C’est de cette manière que je souhaite majoritairement les anniversaires depuis quelques années. Cette formulation complètement banale me vient désormais de manière automatique, je n’y réfléchis même plus quand je la tape depuis mon ordinateur ou mon smartphone. Vous devez vous dire que c’est d’une tristesse sans nom, plus encore pour quelqu’un dont le métier est d’écrire.

Je précise d’emblée que je l’utilise surtout sur les réseaux sociaux et pour les personnes dont je ne suis pas très proche. Mes amis IRL ont évidemment le droit à un message plus personnalisé, je ne suis pas complètement sans cœur. Même que parfois je passe des coups de fil (pour les personnes nées après 2000, ceci est une expression synonyme du verbe «appeler») à ma famille et à mes amies et amis les plus chers.

Ne pas souhaiter les anniversaires est devenu un véritable choix
virginie Spies, sémiologue

Mais comment en suis-je arrivée là? J’adore les anniversaires, je ne comprends pas les gens qui ne les fêtent pas (c’est quand même la meilleure excuse pour boire) et j’offre souvent une belle carte (vous savez, ce truc qu’on trouve dans une boutique appelée papeterie) avec un cadeau.

Quelque chose me dit que c’est encore la faute des réseaux sociaux. «On ne peut plus oublier les anniversaires depuis l’arrivée de la fonction Agenda de Facebook, explique Virginie Spies, sémiologue. Ne pas les souhaiter est devenu un véritable choix.» Parfois, quand je reçois la notification de Facebook pour les anniversaires du jour, je regarde de qui il s’agit, et il m’arrive de ne pas les souhaiter —si c’est une personne avec laquelle je n’ai plus de contact depuis longtemps, je trouverais bizarre le faire.

Perte de sens et automatisation

«Cette fonctionnalité populaire est très utilisée mais le problème, c’est qu’elle est devenue trop automatique, constate Olivier Glassey, sociologue spécialiste des nouvelles technologies à l’université de Lausanne. Se souvenir des dates de naissance montrait une forme d’engagement et prouvait le lien affectif.» Vous avez sûrement quelqu’un dans votre entourage qui n’a pas indiqué son anniversaire sur son profil Facebook. Ça lui permet ainsi d’apprécier davantage celles et ceux qui lui souhaitent car la triste vérité, c’est que l’anniversaire a perdu de sa valeur. «Face à cette possibilité technique, il y a un enjeu autour du sens», souligne le sociologue.

C’est une forme de mise en scène et de représentation de soi
Olivier Glassey, sociologue spécialiste des nouvelles technologies

«En plus d’avoir le choix de le fêter, on décide aussi de le faire publiquement ou non, ajoute Virginie Spies. On se souvient de Marine Le Pen qui avait souhaité un bon anniversaire à Marion Maréchal sur Twitter. C’était un acte public pour montrer une certaine proximité.» Que ce soit Twitter ou Facebook, il est vrai que l’on affiche aux autres notre lien avec la personne célébrée –c’est une autre facette de notre intimité qu’on dévoile sur les réseaux.

«On se demande alors comment on peut se faire valoir, comment souhaiter un anniversaire peut participer à montrer sa relation avec quelqu’un, observe Olivier Glassey. C’est une forme de mise en scène et de représentation de soi.» Même si évidemment, ça dépend des habitudes et du profil de chacun. «Quand votre grand-tante vous le souhaite sur Facebook, c’est sa manière de communiquer et pas forcément une envie que tout le monde le sache», indique-t-il.

À chaque réseau, sa signification

Je culpabilise quand même de moins appeler qu’avant. Pour Virginie Spies, «on se téléphone de moins en moins en général. Quand on passe un appel désormais, ça a une valeur très importante». Merci, je me sens beaucoup mieux. «Il y a une injonction à répondre au téléphone, certains vont alors se dire que c’est plus poli et moins intrusif d’envoyer un message sur les réseaux que de téléphoner», me rassure également Olivier Glassey. Je respire un peu mieux.

Et encore plus quand Charlotte, 23 ans, témoigne: «Je n’appelle que ma famille et mes amis proches». Pareil pour Claire, qui a 14 ans: «C’est vraiment réservé à mes parents et à mes meilleurs amis». Là-dessus, tout le monde semble d’accord, peu importent son âge et ses habitudes sur les réseaux. «Dans les années 2000, on a laissé de côté les cartes pour les appels. Maintenant, ce sont les appels qu’on délaisse au profit des messages sur les réseaux, et on ne téléphone qu’aux personnes qui nous sont le plus chères», constate aussi Christian Heslon, maître de conférences en psychologie à l’UCO d’Angers et auteur de Petite psychologie de l’anniversaire.

WhatsApp, c’est pour les proches mais qui sont éloignés géographiquement, Twitter, c’est de la communication et Facebook, c’est l’entre-deux.
Christian Helson, maître de conférence en psychologie

Mais quelles sont les différences entre le mur Facebook, Messenger, Twitter, Instagram, Snapchat, WhatsApp, et les textos? Ça en fait des moyens de souhaiter les anniversaires. «Avec la multiplication des supports, on reçoit juste plus de vœux», constate la sémiologue.

Soit, mais comment expliquer que je préfère envoyer un WhatsApp à mon père mais que j’utilise le mur Facebook pour mon amoureux de 5e et les messages privés d’Instagram pour ma dernière conquête? «Il n’y a aucune raison de penser qu’on privilégie un milieu numérique différent que celui qu’on a l’habitude d’utiliser pour souhaiter les anniversaires», répond Olivier Glassey.

En gros, si vous êtes plus présent ou présente sur Facebook que sur Twitter, vous souhaiterez les anniversaires sur le plus important réseau social au monde. «Facebook représente la communication officielle, générale et parfois familiale. On va y fêter les anniversaires de contacts spécifiques. S’il s’agit de personnes plus proches comme la famille, ça passera davantage par Messenger et WhatsApp», détaille le sociologue. Un constat partagé par Christian Heslon: «WhatsApp, c’est pour les proches mais qui sont éloignés géographiquement, Twitter, c’est de la communication et Facebook, c’est l’entre-deux».

Redonner du sens par les fonctionnalités

Charlotte a commencé à utiliser Facebook en 3e, elle se souvient: «Au début, on souhaitait les anniversaires à n’importe qui, même si on n’était pas très proches. C’était l’excitation du début des réseaux sociaux. Désormais, j’ai délaissé le mur Facebook. Je m’en sers seulement pour me souvenir des dates, mais je vais le fêter par message privé et seulement à ma famille et mes meilleurs amis».

Si nous ne changeons pas nos habitudes pour l’occasion, notre âge peut déterminer nos réseaux préférés. Claire a 14 ans et n’utilise que Snapchat et Instagram: «Si je connais bien la personne, je vais envoyer un Snap audio car c’est facile et on a le timbre de la voix. Si je n’ai pas trop le temps, je vais envoyer un message privé sur Insta ou Snapchat avec parfois un GIF. Snapchat reste mon réseau préféré car on peut envoyer des photos avec des filtres. J’utilise aussi parfois WhatsApp pour les personnes que je vois moins souvent».

L’adolescente apprécie particulièrement la fonctionnalité audio de Snapchat puisque l’écoute de la voix rend le message plus personnel. Ne serait-ce pas le coup de fil 2.0? «L’un des enjeux dans la manière de souhaiter les anniversaires aujourd’hui réside dans les filtres de sincérité, explique Olivier Glassey. Il peut s’agir d’un GIF, d'un emoji ou encore du temps passé pour créer le message.»

Comment peut-on alors revaloriser cet acte anodin? Comment le personnaliser et se distinguer? C’est exactement la question que je me pose depuis que je me suis rendu compte de mon habitude déplorable. «Les réseaux inventent des nouveaux outils différents pour recomposer une originalité.» C’est ce qu’aime aussi Charlotte: «Les vidéos sur Snapchat, c’est sympa car c’est plus personnalisé et tu sais que la personne y a consacré du temps».

On court tous après le temps

Le rapport au temps est-il en train de devenir le premier critère pour juger sa relation? C’est l’autre enjeu selon Olivier Glassey: «La mémoire de ce qu’on a fait ensemble pèse de plus en plus. Le #10yearschallenge en est l’exemple le plus récent. On réécrit l’histoire en republiant des images, c’est une manière de se réapproprier ses contenus».

Une tendance que Charlotte confirme: «J’aime bien partager une veille photo en story sur Instagram avec la personne qui fête son anniversaire, c’est ultra facile à récupérer dans les archives en plus». Ça vous rappelle quelque chose? Les fameuses vidéos un peu kitsch des «amiversaires» de Facebook qui célèbrent le nombre d’années d’amitié sur le réseau.

Le toujours bon goût de Facebook quand il s'agit de créer des vidéos d'anniversaire automatisées.

«Aujourd’hui, on fête différentes formes d’anniversaires, conclut Christian Heslon. Il y a l’âge bien sûr mais aussi les rencontres et les deuils. Sur les réseaux sociaux, on célèbre désormais beaucoup les anniversaires de rencontre. On y devient plus sensible car nous sommes moins dans la durée d’un engagement mais davantage dans le moment présent. Nous vivons dans une société de commémoration de l’instant et par conséquent, des moments importants de la vie.»

Je comprends mieux pourquoi j’ai été particulièrement touchée quand Facebook m’a rappelé, l’année dernière, que je fêtais mes 10 ans d’amitié avec toute ma bande de potes de la fac. C’était tellement important pour nous qu’on voulait partir une semaine en vacances tous ensemble pour fêter ça. Si les réseaux ont bien compris les enjeux autour des anniversaires, il me paraît plutôt clair désormais que c’est à chacun ou chacune de leur donner le sens qu’on veut, qu'il s'agisse de la forme d'un vœu numérique ou de sa déclinaison dans la vie réelle.

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