La désagrégation du monde s'accélère. | Ivan Bandura via Unsplash
La désagrégation du monde s'accélère. | Ivan Bandura via Unsplash

Sous les glaces du Groenland, un invisible désastre guette

Ainsi fond, fond, fond, bien plus vite qu'on ne le pensait.

Si la frayeur de l'effondrement accéléré du «Doomsday Glacier», un glacier Thwaites dit «de l'apocalypse» et considéré comme une clé de voûte pour l'ensemble de l'ouest de l'Antarctique, ne suffisait pas à faire prendre conscience de la vitesse avec laquelle la situation écologique de la planète se détériore, peut-être les mésaventure des glaces du Groenland le feront-elles.

Depuis sept ans, une équipe de scientifiques menée par Poul Christoffersen de l'université de Cambridge étudie le comportement des lacs formés en surface du Groenland par la fonte de son manteau glacier.

Comme l'explique New Atlas, ce qu'ils ont compris n'a rien de rassurant. Le site explique notamment que Christoffersen et ses camarades ont calculé que de l'eau douce s'écoulait vers le bas depuis la surface, grâce à des anfractuosités dans la calotte glaciaire, avec une force plus grande que le plus grand des barrages hydroélectriques jamais construit.

Et ça change tout, prévient l'équipe. «Quand nous étudions la fonte basale de glaciers et calottes glaciaires, nous regardons les sources de frictions, l'énergie géothermale, la chaleur latente là où l'eau gèle et les pertes de chaleur dans la glace au-dessus», explique le scientifique.

«Mais ce que nous n'avions pas réellement étudié est la chaleur générée par l'eau qui s'écoule après la fonte elle-même, poursuit-il. Il y a beaucoup de force de gravité dans l'eau qui se forme à la surface et, quand elle tombe, l'énergie que cela crée doit aller quelque part.»

Sur le glacier de Store, dans le nord-ouest du Groenland, l'observation de cette «fonte basale» se fait grâce à une technique particulière nommée «phase-sensitive radio-echo sounding», qui permet de mesurer la vitesse du processus à un endroit où nul instrument ne peut être posé.

L'invisible va vite et va fort: à certains endroits, et lorsque la saison est venue, la fonte est aussi rapide à la base du glacier qu'à sa surface, l'écoulement et sa puissance entretenant et accélérant le processus.

Accélération

Selon les calculs des scientifiques, ce sont 82 millions de mètres cubes d'eau qui sont tombés sur la base du glacier chaque jour lors de l'été 2014, développant une puissance équivalente à la production du monumental barrage des Trois-Gorges en Chine.

En appliquant ces calculs à l'ensemble de la calotte glaciaire du Groenland, qui représente près d'un million de kilomètres carrés, Christoffersen et son équipe ont déterminé que cette fonte et la chute qui s'ensuit développaient une puissance énergétique comparable à celle des dix plus grands barrages du monde sur l'ensemble d'une saison estivale.

C'est colossal et, explique Christoffersen, c'est un phénomène qui n'est pas encore pris en compte dans les calculs de la communauté scientifique mondiale lorsqu'elle se penche sur les phénomènes responsables de la hausse du niveau des mers.

Bref: plus on cherche, plus on trouve. Et on trouve que c'est sans doute pire que ce que l'on pensait.

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