Des soldats taïwanais posent autour d'un tank américain M60-A3 le 17 janvier 2019 à Taichung. | Sam Yeh / AFP
Des soldats taïwanais posent autour d'un tank américain M60-A3 le 17 janvier 2019 à Taichung. | Sam Yeh / AFP

L'armée impopulaire de Taïwan ne résisterait pas à une invasion chinoise

Moral bas, conscrits peu motivés, désorganisation: un document interne dresse un constat sévère.

Depuis un an, des marines et des forces spéciales américaines sont présentes à Taïwan pour entraîner l'armée de l'île en cas de conflit militaire avec la Chine. Alors que Taïwan et la Chine sont gouvernés par des gouvernements différents depuis l'exil des nationalistes après la victoire de Mao en 1949, la République populaire de Chine continue de revendiquer le territoire.

Si des instructeurs américains sont envoyés sur l'île, c'est non seulement parce que les manœuvres militaires chinoises se sont intensifiées, mais aussi parce que l'armée taïwanaise n'est absolument pas préparée à une éventuelle tentative d'invasion.

Selon un rapport consulté par le Wall Street Journal, le ministère de la Défense est tout à fait au courant de la désorganisation de ses forces armées. Ce document fait état de «problèmes incessants relatifs à une mauvaise gestion et à des fautes de comportement». Il souligne encore le manque de motivation des conscrits, qui auraient l'impression de perdre leur temps pendant leur service militaire.

La ligne politique des États-Unis vis-à-vis de ce conflit repose sur une «ambiguïté stratégique»: une formule qui revient à dire que la puissance apporte son soutien théorique à Taïwan tout en évitant de trop froisser la Chine.

Lorsque Joe Biden a affirmé en octobre que son pays était prêt à protéger l'île en cas d'attaque, la Maison-Blanche a immédiatement rectifié le tir, en assurant que les États-Unis ne s'étaient pas engagés fermement sur la question.

Dans le même temps, les Américains ont convaincu la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen de renforcer ses forces armées en construisant davantage de missiles et de navires de guerre. Le gouvernement de l'île a annoncé un investissement de 7,4 milliards de dollars destinés aux achats militaires. Une agence chargée d'améliorer la gestion de la réserve de l'armée sera aussi lancée en 2022.

Tout sauf la guerre

Les États-Unis y trouvent leur compte puisque Taïwan dépense chaque année des millions –voire des milliards– en contrats d'armement. Selon le Wall Street Journal, certains conseillers militaires estiment que ce n'est pas encore suffisant et qu'ils aimeraient que Taïwan adopte une stratégie militaire comparable à celle d'Israël.

Le budget militaire de l'État hébreu est d'une vingtaine de milliards par an, alors que celui de Taïwan était de 11 milliards en 2020. L'île est deux fois plus peuplée qu'Israël. Le service militaire dans ce pays s'effectue pendant deux ans et demi pour les hommes, contre quatre mois à Taïwan.

L'opposition à cette escalade militaire pourrait bien venir de la population de l'île elle-même. Si 94% des Taïwanais s'identifient comme tels (dont 31,4% qui se considèrent à la fois taïwanais et chinois), 81% de la population reste en faveur du statut quo.

Malgré les provocations de Pékin, une infime minorité souhaite que l'île déclare son indépendance sur-le-champ, ce qui aggraverait les tensions avec son voisin. Autant dire que la motivation des troupes n'est pas à l'ordre du jour.

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