Le module-laboratoire Nauka, arrimé à la Station spatiale internationale le 29 juillet 2021. | Oleg Novitsky / Roscosmos / AFP

Le module-laboratoire Nauka, arrimé à la Station spatiale internationale le 29 juillet 2021. | Oleg Novitsky / Roscosmos / AFP

Station spatiale internationale: après Nauka, le torchon brûle entre la NASA et Roscosmos

Du rififi en orbite terrestre basse.

Pour la première fois en onze ans, un nouveau module est venu s'accrocher à la Station spatiale internationale (ISS) jeudi 29 juillet. Mais tout ne s'est pas déroulé sans encombres.

Les propulseurs du module-laboratoire Nauka («science» en russe) se sont allumés sans prévenir alors qu'il était déjà accroché au reste de la structure, faisant dévier l'ISS de sa position.

Selon la NASA, l'incident a rapidement pu être contrôlé et l'équipage ne s'est jamais trouvé en danger. Il pose tout de même certaines questions sur la préparation de Roscosmos, l'agence spatiale russe.

Après avoir affirmé que cet allumage intempestif avait été causé par un problème logiciel, Dmitri Rogozine, le directeur général de l'agence, a admis qu'une inattention humaine après l'arrimage a aussi pu contribuer au problème: «Tout allait bien mais il y a le facteur humain. Nous étions euphoriques, tout le monde s'est détendu.»

Comme le souligne Ars Technica dans un article sur les conséquences de cet incident, c'est la troisième fois en trois ans que la Russie connaît des problèmes majeurs liés à l'ISS. En 2018, la mission Soyouz MS-10 a dû être avortée après un problème au décollage. Plus récemment, un module russe arrimé à l'ISS s'est avéré être troué, faisant perdre de l'oxygène à la station.

Ambitions divergentes

Ces quelques écueils ne suffisent pas à disqualifier la Russie de sa participation à l'ISS, mais le site américain s'interroge: «Combien de temps la NASA va-t-elle vouloir s'appuyer sur un partenaire qui souffre clairement de problèmes techniques [...] et n'arrête pas d'affirmer vouloir abandonner le programme de l'ISS qui existe depuis trente ans?»

Car Moscou multiplie les déclarations dans lesquelles elle dit souhaiter quitter l'ISS et lancer sa propre station spatiale, nommée Ross (Russian Orbital Space Station). Si, selon la chercheuse au CNRS Isabelle Sourbès-Verger, les Russes disposent ​des capacités techniques pour réaliser ce projet d'ici à 2030, reste à savoir s'ils peuvent s'en donner les moyens financiers.

Pour ne rien arranger, la NASA elle aussi tente de ménager ses intérêts en substituant des entreprises américaines à ses partenaires internationaux. Depuis 2011, seules les fusées Soyouz envoyaient des vols habités vers la station, mais ce n'est plus le cas maintenant que SpaceX a envoyé avec succès ses premiers astronautes dans la station, en novembre 2020.

Cela ne permet pas encore aux États-Unis de s'offrir une complète indépendance des services de Roscosmos, mais c'est un grand pas dans cette direction. C'est d'autant plus vrai que Boeing devrait suivre SpaceX et investir cette nouvelle concurrence avec la capsule Starliner, dont le vol-test prévu initialement le 30 juillet a de nouveau été repoussé, sine die.

Si la rupture n'est donc par encore consommée, le programme spatial qui a uni les deux superpuissances autour de la science depuis 1983 a du plomb dans l'aile.

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