Un homme prie en juillet 2017 dans le cimetière de Khan Cheikhoun, cent jours après une attaque au gaz sarin ayant fait quatre-vingt-huit victimes. | Omar Haj Kadour / AFP
Un homme prie en juillet 2017 dans le cimetière de Khan Cheikhoun, cent jours après une attaque au gaz sarin ayant fait quatre-vingt-huit victimes. | Omar Haj Kadour / AFP

La technologie a relayé les crimes de guerre en Syrie, en vain

À défaut d'empêcher les massacres, les millions de documents qu'ont permis de récolter les smartphones pourront peut-être servir à réclamer justice.

Le 23 avril 2014, Houssam Alnahhas, un étudiant en médecine de 26 ans, traversait la frontière entre la Turquie, où il était réfugié, et la Syrie. Comme le relate la Technology Review du MIT, il avait pour mission de recueillir des preuves d'attaques chimiques commises dans les villages de Kafr Zita et Talmenes.

Prouver que le régime s'en prenait à la population civile à coups de chlore et de gaz sarin était absolument crucial pour l'accuser de crimes de guerre et pousser les États occidentaux à faire en sorte que le conflit cesse.

Conscient du danger et de l'importance de sa mission, Houssman Alnahhas était déterminé à obtenir des preuves irréfutables des attaques chimiques. Le jeune homme a documenté son voyage et a régulièrement enregistré ses coordonnées GPS.

Là où les bombes étaient tombées, il s'assurait de filmer les alentours à 360 degrés, en se concentrant sur des points de repère facilement identifiables. Les échantillons recueillis au sol ont été placés dans de petits contenants en plastique, scellés dans des sacs transparents et étiquetés devant la caméra.

Le conflit syrien est contemporain de l'avènement des réseaux sociaux. En 2011, la population est dotée de téléphones portables avec des appareils photos et un accès à internet. Lorsque le gouvernement laisse éclater sa violence, des militant·es, avocat·es et citoyen·nes ordinaires enregistrent et témoignent de ses agissements.

Dès 2012, des organisations internationales forment des populations locales militantes à l'enregistrement vidéo. Peu à peu, des archives détaillées et protégées voient le jour. Ces données sont parfois exploitées par des personnes extérieures au conflit, comme Eliot Higgins, blogueur britannique qui analyse les vidéos et les photos syriennes afin d'identifier les armes utilisées.

Le conflit le mieux documenté de l'histoire

Rapidement, la guerre en Syrie devient le conflit le mieux documenté de l'histoire, un témoignage encouragé par l'idée qu'en alliant technologie et protection des droits humains, les États occidentaux interviendront et protègeront les populations civiles.

Il n'en est rien. Malgré la qualité des preuves collectées par Houssman Alnahhas et ses compatriotes, malgré la meurtrière et très médiatisée attaque de la Ghouta, malgré la promesse faite par Barack Obama d'intervenir en cas d'utilisation d'armes chimiques contre la population civile, rien ne se passe.

«Nous avons perdu l'espoir que n'importe qui puisse [se lever] et dise assez... de tuer des civils en Syrie», confie Mohammed Abdullah, un photographe syrien connu sous le nom d'Artino et qui se trouvait dans la Ghouta orientale au moment de l'attaque.

Si la technologie s'est révélée impuissante à mettre fin aux exactions du gouvernement, elle a au moins facilité la collecte et le classement de millions de documents qui serviront certainement un jour au peuple syrien à demander justice.

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