Certaines jeunes personnes n'ont jamais touché à l'un de ces objets –peut-être ne savent-elles même pas comment ça marche. | Denny Müller via Unsplash
Certaines jeunes personnes n'ont jamais touché à l'un de ces objets –peut-être ne savent-elles même pas comment ça marche. | Denny Müller via Unsplash

Le bon vieux coup de fil est-il mort?

Les temps changent, les technologies évoluent et les usages sont bouleversés.

Un appel téléphonique ne s'effectue désormais souvent qu'en dernier ressort. L'acte en lui-même indique une urgence. Il est une démarche potentiellement considérée comme invasive, qui exige qu'on interrompe une personne toute affaire cessante –à la différence d'un message écrit, qui lui laisse la maîtrise temporelle de sa réponse.

De l'oral à l'écrit

Ce changement s'est opéré progressivement mais rapidement, raconte le Wall Street Journal dans un article sur les nouvelles pratiques téléphoniques.

À l'automne 2012, la discussion téléphonique restait la méthode préférée, tous âges confondus, pour communiquer: selon un sondage de MRI-Simmons, 94% des personnes interrogées avaient passé au moins un coup de fil la semaine précédente.

Au printemps 2019, la réponse «parler au téléphone» venait après l'envoi de SMS, d'e-mails, de posts sur les réseaux et de chat via des applications dédiées. Seules 45% des personnes sondées disaient avoir passé un coup de fil la semaine précédente.

«L'acte d'appeler est fondamentalement brisé», explique Alex Ma, cofondateur de TTYL (Talk To You Later), une application d'audio-chat. «Nous sommes passés des lignes de téléphone fixe à l'iPhone X, mais la manière dont nous appelons les gens n'a pas suivi.»

TTYL est une application prévue pour de petits groupes de gens qui vous sont proches. Vous mettez vos écouteurs, lancez le logiciel et vos ami·es reçoivent une notification indiquant que vous êtes disponible.

Lorsque vous lancez une conversation, vous pouvez la verrouiller (l'appel n'aura lieu qu'entre les deux individus), ou la laisser ouverte pour que d'autres vous rejoignent s'ils le souhaitent.

Talk To You Later n'est pas la seule à tenter de disrupter nos conversations orales. Chalk, par exemple, permet une articulation plus modulable entre chat et communication vocale. Elle permet des appels collectifs lors desquels il est possible d'écouter les discussions le micro coupé, sans avoir à parler sauf si vous le décidez –le texte est, lui, toujours disponible.

Et le futur?

Ce n'est pas la première fois que des applications tentent de changer nos habitudes téléphoniques. Pourtant, jusqu'à aujourd'hui, aucune n'a véritablement percé.

Selon Ryan Hoover, l'un des investisseurs de TTYL, c'est en partie à cause du timing technologique. «Les AirPods n'éxistaient pas. Les écouteurs Bluetooth étaient bien moins répandus. Peu de personnes avaient des enceintes intelligentes», énumère-t-il pour le WSJ.

Il reste difficile de décrypter les usages qui vont prédominer dans le futur. Les grandes entreprises –Facebook, Apple, Google, Twitter notamment– s'y essayent toutes, mais aucune n'a encore réellement pris le dessus ni transformé les usages en profondeur.

Ce qui pose une question légitime: une révolution est-elle vraiment nécessaire? Après tout, note l'une des attachées de presse de Facebook, pendant les longs échanges entre ados sur Facebook Messenger, la caméra pointe souvent... vers le plafond. Comme l'écrit le Wall Street Journal, le coup de fil n'est pas tout à fait mort: il évolue.

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