La valse des livreurs devant un McDonald's parisien, en mai 2020. | Philippe Lopez / AFP
La valse des livreurs devant un McDonald's parisien, en mai 2020. | Philippe Lopez / AFP

Nulle part où uriner: le calvaire des travailleurs uberisés

Aucun aménagement n'a été pensé pour les livreurs à vélo ou les chauffeurs Uber, qui se retrouvent souvent sans toilettes à disposition.

Le principe de plateformes comme Uber ou Deliveroo est de simplifier et de fluidifier au maximum les trajets en taxi ou la livraison de repas à domicile. Pour ce faire, elles extraient autant que possible le facteur humain de l'équation: travailleurs et travailleuses uberisées sont les forçats invisibles de nos sociétés modernes.

À vélo comme en voiture, ces personnes à qui le statut d'auto-entrepreneur est généralement imposé ne sont que les rouages discrets d'une machine bien huilée. L'an dernier, Uber a par exemple permis à sa clientèle d'imposer le silence à leur VTC, en proposant une option «mode silencieux».

Mais du fait de cette invisibilité, et parce qu'ils n'ont en théorie pas d'employeur, ces travailleurs manquent de l'essentiel: les lieux d'aisance. En clair, les toilettes leur sont souvent interdites.

C'est un problème pressant, notamment pour les livreurs à domicile. Ils ne sont considérés ni comme des clients, ni comme des employés par les restaurants dans lesquels ils vont retirer leurs commandes, et n'ont souvent pas la permission d'utiliser leurs WC.

Cela peut sembler trivial, mais c'est un réel problème lorsque ces livreurs enchaînent les courses pendant plusieurs heures en courant derrière des micro-salaires –le manque à gagner ou la punition algorithmique d'une pause à la maison n'est pas envisageable. L'épidémie de Covid-19 et son tour de vis hygiénique a encore compliqué la situation.

Solutions de fortune

La situation est telle qu'une application spécialisée a fini par voir le jour. Nommée Whizz App, elle permet aux livreurs et livreuses de savoir quels restaurants partenaires laissent leurs toilettes à disposition.

Mais Whizz a été développée par dépit: ses créateurs savent que personne, et surtout pas les plateformes en question, ne souhaite remédier au problème.

En 2016, puis une nouvelle fois en 2020, les chauffeurs de VTC se sont plaints du manque de toilettes propres et fonctionnelles dans les aéroports où ils devaient régulièrement se rendre. Uber et Lyft ont systématiquement répondu que, n'employant pas directement les chauffeurs, ce n'était pas à elles de leur fournir ces services.

Même chose côté livraison. Interrogée par Motherboard sur la question, Uber a répondu qu'elle ne pouvait «pas dire aux restaurants comment fonctionner», mais que ceux-ci pouvaient se référer à leur guide, qui recommande «une zone sûre pour récupérer les commandes, où les livreurs devraient se sentir bien accueillis». Rien de précis en revanche sur les toilettes.

Sur les forums, des chauffeurs de VTC conseillent un système D qui semble indigne du «nouveau monde» vendu par Uber: uriner dans une bouteille, afin de ne pas perdre de temps à chercher des toilettes utilisables pour faire une pause, et risquer de paraître moins performant.

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