Mort pour rien. | Sergey Bobok / AFP
Mort pour rien. | Sergey Bobok / AFP

En Ukraine, le dégel printanier dévoile les cadavres abandonnés des soldats russes

Des milliers de corps et une odeur infernale qui ne collent pas à la propagande du Kremlin.

La guerre initiée en Ukraine par la Russie, comme d'autres avant elle, rappelle le peu de cas que les armées russes font de la vie humaine, notamment celle de civils constamment pris sous un feu meurtrier. Mais elle révèle également la manière cavalière avec laquelle l'armée russe traite la mort –même (ou surtout) lorsqu'il s'agit de ses propres soldats.

Sordide mais important, un article publié par CNN décrit ainsi comment la terre ukrainienne s'est peu à peu couverte des cadavres de soldats russes. Certains de ces malheureux conscrits, à qui la nature et la réalité du conflit ont été dissimulées avant l'invasion, sont tombés au combat mais ont été laissés derrière par leurs frères d'armes. Parce qu'il était impossible de s'occuper des cadavres, mais aussi parce que la Russie nie l'existence même de ces morts.

«Les premiers jours doux et ensoleillés du printemps, dans la région méridionale de Mykolaïv, révèlent une nouvelle et sombre réalité: l'odeur des morts, écrit Eliza Mackintosh pour le média américain. Alors que la neige fond et que les sols dégèlent, les corps des soldats russes qui parsèment le paysage deviennent un problème.»

Un problème tel que le gouverneur de la région, Vitaly Kim, a demandé à ses concitoyens, pourtant traumatisés par leurs propres pertes, d'agir et d'aller récupérer ces corps ennemis pour les mettre dans des sacs. «Nous ne sommes pas des bêtes, si?», dit-il dans une vidéo publiée à l'attention de ses administrés.

Transmettant des photos de ces cadavres abandonnés sur place à CNN, Vitaly Kim explique qu'il y en a des centaines, partout sur le territoire dont il a la charge. Il souhaite pouvoir placer ces corps dans des morgues ou des endroits réfrigérés, et effectuer des tests ADN pour les identifier.

Reuters rapportait d'ailleurs récemment que les autorités ukrainiennes faisaient appel à la reconnaissance faciale, via les services de la sulfureuse start-up Clearview AI, pour mettre un nom sur ces cadavres anonymes.

«Comme un service rendu aux mères de ces soldats, nous publions l'information sur les réseaux sociaux pour qu'au minimum les familles sachent qu'elles ont perdu leurs fils, et pour leur permettre de récupérer leurs corps», expliquait à ce propos Mykhailo Fedorov, le très actif ministre responsable du numérique dans le gouvernement de Volodymyr Zelensky.

Laissés pour (non) compte

Car la Russie, elle, ne reconnaît ses pertes que du bout des lèvres, et de manière terriblement sous-estimée. Le 25 mars, elle admettait ainsi la mort de 1.351 soldats, quelques jours après les révélations très involontaires et depuis effacées du tabloïd pro-Poutine Komsomolskaïa Pravda, qui parlait de 9.861 décès au combat.

Selon Kiev, ce sont plus de 15.000 militaires russes qui seraient morts, les estimations –forcément difficiles– des pays occidentaux plaçant le chiffre quelque part entre 7.500 et 15.000: fourchette haute ou fourchette basse, c'est dans les deux cas considérable.

À la frontière avec la Biélorussie voisine, alliée et vassale de la Russie, Radio Free Europe rapporte que le ballet des ambulances russes ramenant des blessés du front ne connaît aucune pause. Un reportage de The Kyiv Independent a suivi une unité ukrainienne chargée de déterrer des corps de soldats russes, souvent non identifiés, pour pouvoir les échanger avec des prisonniers vivants.

Très tôt dans le conflit, et afin de marquer les esprits, l'Ukraine a mis en place un site nommé 200rf.com et des canaux dédiés sur les réseaux sociaux, sur lesquels sont publiées les images de prisonniers ou de morts à destination de leurs familles, notamment à des fins d'identification –et de propagande.

«Il est très difficile d'identifier les morts parce qu'ils n'ont souvent aucun papier avec eux, que leurs officiers prennent pour les conserver dans une boîte, explique à CNN le responsable de 200fr.com, Viktor Andrusiv. Parfois, ils meurent dans des explosions, des incendies, et on ne peut pas lire la plaque où leur numéro est inscrit, donc on ne dispose d'aucune information à propos du corps.»

«Le problème avec ces corps est vraiment énorme», poursuit-il, inquiet de l'arrivée des beaux jours, des températures qui vont avec et de l'effet qu'elles ont sur des cadavres laissés en pleine nature. «Il y en a des milliers. Avant la guerre, le temps était froid, ça allait, mais maintenant nous ne savons qu'en faire car les Russes n'en veulent pas. Je ne sais vraiment pas ce qu'on va en faire ces prochaines semaines.»

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