Un char russe détruit, à Kiev, le 21 août 2022. | Dimitar Dilkoff / AFP
Un char russe détruit, à Kiev, le 21 août 2022. | Dimitar Dilkoff / AFP

Furieux, les blogueurs nationalistes russes décrivent la guerre en Ukraine comme déjà perdue

Ça sent le roussi, et ce sont eux qui le disent.

Dans un pays où pèse la lourde chape de plomb de la censure, où les rares oppositions publiques à l'invasion de l'Ukraine sont punies par de longues peines de prison et où une propagande des plus délirantes s'étale sans vergogne dans les médias, la critique de l'action militaire du Kremlin est logiquement plutôt discrète.

Ainsi que le relate le Guardian, il existe pourtant un étonnant espace de liberté dans ce paysage russe fortement cadenassé: les blogs et réseaux sociaux animés par des ultranationalistes du pays qui ne tiennent pas leur langue lorsqu'il s'agit de décrire sans fard la situation dans l'Ukraine voisine.

Or, depuis quelques jours, celle-ci semble des plus tendues pour les armées russes, repoussées assez brutalement par une double contre-offensive de Kiev dans la région de Kherson, dans le sud du pays, comme dans celle de Kharkiv, dans l'est, où l'Ukraine était pourtant moins attendue.

Et si tout va très bien dans le meilleur des mondes à en croire Vladimir Poutine, qui expliquait mercredi 7 septembre, à Vladivostok, que la Russie «n'avait rien perdu» dans son action contre l'Ukraine –oubliant au passage les quelque 80.000 victimes dans ses rangs (selon les estimations des États-Unis)–, les blogueurs ultranationalistes russes ne tiennent pas tout à fait le même discours.

«La guerre en Ukraine continuera jusqu'à la défaite complète de la Russie. Nous avons déjà perdu, le reste n'est plus qu'une question de temps», a ainsi affirmé Igor Guirkine, sans détour et en vidéo, aux 430.000 abonnés de son compte sur Telegram.

Comme le note le Guardian, Igor Guirkine n'est pas n'importe qui. Ancien colonel du renseignement russe, ex-commandant des forces proséparatistes lors du conflit entamé en 2014 en Ukraine, l'homme est l'une des voix les plus influentes de cette extrême droite à laquelle le Kremlin n'ose s'attaquer.

«Certains [de ces utltranationalistes] sont des sources d'information assez douteuses, mais il y a aussi ceux, comme Guirkine, qui savent de quoi ils parlent et sont clairement en contact avec des gens sur le front, ou avec d'autres qui sont au courant de la situation réelle», précise Mark Galeotti, expert en questions militaires russes, au quotidien britannique.

Colère sourde

«Ils sont de plus en plus en colère, pour de bonnes et évidentes raisons, en particulier à cause du fossé entre la ligne officielle et les réalités sur le terrain», observe également l'analyste. Peut-être pensait-il, entre autres, à ces généraux russes qui ont déclaré avoir détruit plus de Himars, ces ravageurs lance-missiles envoyés à l'Ukraine par les États-Unis notamment, que Kiev n'en possède réellement.

Ces blogueurs d'extrême droite ou nationalistes sont donc de plus en plus furieux, et plus encore depuis les avancées inattendues des forces ukrainiennes près d'Izioum, entre Kharkiv et le Donbass, et leur reprise très commentée de la ville de Balaklia et de nombreux villages environnants.

«Il doit être dit qu'à Balaklia, les forces ukrainiennes ont complètement surpassé notre commandement», a ainsi écrit Starshe Eddy, un blogueur russe dont l'audience est passée de 28.000 à 500.000 abonnés sur Telegram depuis le début de la guerre.

«Il faut que nous fassions quelque chose à propos de ce système dans lequel nos leaders n'aiment pas nous annoncer de mauvaises nouvelles, et où les subordonnés ont peur de fâcher leurs patrons», a quant à lui écrit le journaliste proguerre Alexander Kots, lors d'un accès de lucidité surprenant dans un pays à ce point englué dans le mensonge.

Beaucoup appellent de leur vœux une mobilisation générale en Russie, solution pour l'instant écartée par Vladimir Poutine qui préfère aller piocher sa chair fraîche à canon dans les prisons ou parmi les sans-abri, mais qui, «pour dire les choses franchement, est [leur] seule chance d'éviter une défaite cuisante», écrit par exemple le blogueur Andrei Morozov.

Selon les spécialistes interrogés par le Guardian, une telle liberté de ton, laissée par un Kremlin habituellement sévère, est surprenante. Mais elle pourrait servir de soupape de sécurité à une population russe mise dans son ensemble sous l'étouffoir des «fake news». «Le Kremlin a trop peur pour simplement ignorer la composante nationaliste», estime l'analyste russe Pavel Luzhin.

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