Des soldats séparatistes, le 16 octobre 2014, lors de la seconde bataille de l'aéroport de Donetsk. | Dominique Faget / AFP
Des soldats séparatistes, le 16 octobre 2014, lors de la seconde bataille de l'aéroport de Donetsk. | Dominique Faget / AFP

L'histoire des «cyborgs» ukrainiens, héros de la brutale bataille de l'aéroport de Donetsk

Sa reprise serait une victoire symbolique majeure pour Kiev.

Peut-être avez-vous vu passer, à propos des militaires ukrainiens et depuis l'invasion du pays en février par la Russie, l'appellation «cyborgs». Peut-être avez-vous également noté, ces derniers jours, une grande excitation sur les réseaux sociaux à propos de la recapture éventuelle de l'aéroport de Donetsk, qui n'est à cette heure qu'une rumeur sans fondement précis.

Pour l'Ukraine, le moral de ses troupes comme celui de son peuple, la reprise de cet aéroport serait, symboliquement, une grande victoire sur l'histoire. Car l'aéroport international de Donetsk n'a pas attendu 2022 pour être au centre d'une âpre bataille entre Kiev, les séparatistes prorusses et le Kremlin.

Dès 2014, après l'annexion de la Crimée et les troubles dans le Donbass, déclenchés ou poussés par le Kremlin, cet ensemble, rénové à grands frais en 2012, à l'occasion de l'Euro de football organisé conjointement avec la Pologne, devenait le champ d'une bataille terrible que certains ont comparée à un «petit Stalingrad».

Pris en sandwich entre les territoires encore sous le contrôle de Kiev et ceux que les forces séparatistes avaient fait leurs, l'aéroport était défendu par quelques dizaines de militaires ukrainiens surnommés «cyborgs» –peut-être la première fois par un blogueur russe–, du fait de leurs exploits et de leur résistance surhumains.

Du 29 septembre 2014 au 21 janvier 2015, moment où les troupes ukrainiennes ont fini par capituler, les combats au sein même de l'aéroport Sergueï Prokofiev et de ses deux terminaux, comme dans ses alentours, figurent parmi les plus violents de l'ère moderne.

Dans un article écrit en 2021 pour Coffee or Die, le journaliste Nolan Peterson revenait sur ces événements, rencontrant certains de ces cyborgs, rares survivants de ce Stalingrad moderne devenu symbole de la résistance nationale de l'Ukraine, et auquel une journée de commémoration est même réservée.

Face à face

Dans un récit qui rappelle le siège, plus récent, de l'usine Azovstal à Marioupol, Nolan Peterson raconte les combats parfois au corps à corps, les tirs à bout portant des chars des séparatistes, les nuits par –20°C et la pénurie totale de bois pour se chauffer, la faim et la peur permanentes, mais aussi la résistance ultime de cette poignée de «cyborgs» aujourd'hui vénérés.

«À certains endroits, on se battait face à face avec l'ennemi. Ceux qui ont survécu étaient plus rapides et plus malins», expliquait l'un de ces cyborgs, nommé Alexander Pochynok, à Nolan Peterson en 2021. «La bataille a été féroce pendant deux cent quarante-quatre jours. À la fin, ce que nous redoutions le plus était le froid et les chars.»

«Le plus dur dans les combats à l'intérieur de l'aéroport était les chars ennemis, précise un autre de ces survivants, Vitalii Baranov. Bien sûr, il y avait des snipers, de l'artillerie, des mitrailleuses lourdes qui pouvaient pénétrer les murs du bâtiment. Mais les chars étaient la menace principale.»

«L'artillerie est dangereuse, mais elle tire de loin, et on peut toujours essayer de trouver un endroit sûr pour se mettre à couvert. [...] Mais quand tu entendais les sifflements du moteur d'un char, tout ce que tu pouvais faire, c'était prier.»

En janvier 2015, après avoir démoli une partie de l'aéroport grâce à une charge colossale de trois tonnes de TNT, les forces séparatistes prorusses et leurs alliés ont fini par s'emparer de ce qui restait du lieu –un décor apocalyptique, des ruines et des cratères rappelant ceux des paysages désolés de la Première Guerre mondiale.

Plus de 100 «cyborgs» ukrainiens sont morts dans ces longs combats, 440 ont été blessés et les quelques survivants ont été faits prisonniers. Héroïque, leur résistance a pourtant donné le ton de ce à quoi on assiste depuis février en Ukraine.

Le pays n'a pas peur de ses envahisseurs ni des sacrifices nécessaires pour reprendre son territoire, et on comprend mieux pourquoi une éventuelle recapture de l'aéroport de Donetsk marquerait un nouveau tournant symbolique majeur dans la guerre contre la Russie.

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