Le cadavre d'un soldat russe, le 15 septembre 2022 à Balakliia, dans l'oblast de Kharkiv, en Ukraine. | Metin Aktas / Anadolu Agency / Anadolu Agency via AFP

Le cadavre d'un soldat russe, le 15 septembre 2022 à Balakliia, dans l'oblast de Kharkiv, en Ukraine. | Metin Aktas / Anadolu Agency / Anadolu Agency via AFP

Quelque 80% des 50.000 criminels recrutés par Wagner seraient morts, blessés ou, pire, dans la nature

Le groupe de Prigojine frôlerait l'effondrement en Ukraine.

Il y a quelques jours à peine, le patron du Groupe Wagner, Evgueni Prigojine, pérorait sur les réseaux sociaux et s'affichait fièrement, entourés par quelques uns de ses mercenaires, au cœur de l'une des mines de sel de Soledar (oblast de Donetsk).

Un peu plus tard, on pouvait le voir –du moins toujours sur les réseaux– superviser en personne l'envoi aux autorités ukrainiennes des dépouilles de leurs soldats tombés dans la bataille.

Le message se voulait clair: après des mois de reculs et de défaites, la Russie pouvait enfin revendiquer une victoire sur le terrain et ce n'était pas grâce à ses armées régulières, mais à ses supplétifs. Pourtant, ce n'est rien d'autre qu'une crise profonde que cachent ces images. Selon certains observateurs et analystes, le Groupe Wagner serait même sur le point de s'effondrer en Ukraine, ainsi que le rapporte The Daily Beast.

Sur le plan politique, la position d'Evgueni Prigojine est des plus précaires. Alors qu'il prenait une place de plus en plus importante aux côtés de Vladimir Poutine depuis plusieurs mois, il semble que le président russe ait voulu mettre un frein à ses ambitions en remplaçant, trois mois seulement après sa nomination, le «général Armageddon» Sergueï Sourovikine, réputé favorable aux mercenaires, par Valeri Guerassimov.

«La décision de Poutine de se concentrer sur les forces russes conventionnelles et de compter sur elles marginalise le Groupe Wagner et la faction des siloviki, qui continue néanmoins à contribuer à l'effort de guerre en Ukraine», analysait ainsi l'Institute For The Study of War (ISW), groupe de réflexion américain.

Et c'est peu dire que la pilule a eu du mal à passer. Depuis la prise de Soledar, Evgueni Prigojine se répand en critiques plutôt acerbes des armées russes régulières. Dans sa communication post-victoire (à la Pyrrhus), mi-janvier, il les accusait notamment d'avoir volé ce succès au Groupe Wagner.

Fin décembre, le général Guerassimov avait déjà eu droit à une bordées d'injures publiques, puis à un message audio dans lequel les chefs russes, décrits comme tranquillement assis dans le chaud confort de leur bureau, étaient accusés de n'envoyer aucun soutien matériel ou militaire au Groupe Wagner.

Dans une vidéo publiée début janvier, Evgueni Prigojine tentait enfin d'expliquer pourquoi ses troupes avaient tant de mal à se saisir de Bakhmout (oblast de Donetsk), ville autour et dans laquelle la bataille fait rage depuis des mois, mais qui reste encore aux mains des Ukrainiens.

La trouille du retour

Selon l'ISW, dont les propos sont repris par Business Insider, cette communication n'a rien d'innocent: Evgueni Prigojine serait «vraisemblablement en train de mettre en place les conditions pour pouvoir accuser le ministère russe de la Défense de l'échec du Groupe Wagner à prendre Bakhmout».

Un éventuel manque de soutien de la part du commandement russe n'est pourtant sans doute pas l'unique –ni même le principal– facteur expliquant ce revers en cours: la méthode brutale, sanglante, sans souci de la vie humaine du groupe paramilitaire dirigé par Evgueni Prigojine en est sans doute la première responsable.

Comme nous l'expliquons récemment, les chefs du Groupe Wagner ont lancé des vagues et des vagues de soldats se fracasser et mourir sur les défenses ukrainiennes à Bakhmout et à Soledar, au point que ce que ses hommes doivent progresser en marchant sur les corps de leurs camarades. «La zone de Soledar est couverte des corps des envahisseurs, affirmait ainsi gravement le président ukrainien Volodymyr Zelensky le 9 janvier, lors de l'un de ses points nocturnes. C'est à cela que ressemble la folie.»

Les chiffres qui commencent à sortir sont, effectivement, déments et effrayants. Pour alimenter cette indicible boucherie, Evgueni Prigojine a, avec l'aval direct de Vladimir Poutine, en partie vidé les prisons russes. Le deal, qui a notamment fortement intéressé le plus grand tueur en série russe, était clair: il était proposé à des dizaines de milliers de criminels d'aller se battre en Ukraine en échange de la fin de leur peine et de leur libération.

Encore fallait-il survivre à l'infernal manège réservé à cette chair à canon en Ukraine. Selon une ONG russe interrogée par The Moscow Times, cela n'a pas souvent été le cas. Olga Romanova, patronne de Russia Behind Bars, calcule ainsi que 50.000 prisonniers ont été extirpés de leurs cellules, mais que seuls «10.000 d'entre eux se battent encore sur le front». «Les autres ont été tués, se sont rendus, ou ont déserté.»

Certains ont tout de même, comme promis et sans doute afin de redorer l'image du groupe paramilitaire, été libérés de leurs obligations par Evgueni Prigojine qui, en bon père de famille, leur a demandé publiquement de ne pas violer, commettre de nouveaux crimes ou retomber dans la drogue une fois revenus à la vie civile.

Qu'ils aient été «libérés» de manière officielle ou qu'ils aient déserté le front, le retour de ces milliers d'hommes en Russie fait donc peur –sans doute à juste titre. À tel point que, ainsi que le note The Daily Beast, reprenant les informations du média russe Baza, les Moscovites seraient bombardés d'une série d'appels mystérieux de supposés membres des forces de sécurités.

Si la chose ressemble fort à une manipulation, ces derniers leur demandent de rester sur le qui-vive et de prendre garde à ces monstres revenus du front, certains ayant, par exemple, été préalablement condamnés pour des faits de pédophilie.

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