Contrairement aux contestataires, les cybercriminel·les n'ont pas besoin d'avancer masqué·es: personne ne les recherche. | Federico Parra / AFP
Contrairement aux contestataires, les cybercriminel·les n'ont pas besoin d'avancer masqué·es: personne ne les recherche. | Federico Parra / AFP

Au Venezuela, l'effondrement de l'économie pousse à la cybercriminalité

La cryptomonnaie soutirée par les hackers est beaucoup plus stable que la monnaie d'un pays plongé dans le chaos.

Autrefois considéré comme l'un des pays les plus riches d'Amérique latine, le Venezuela a vu son économie conduite vers la ruine. L'inflation du bolivar, la monnaie du pays, devrait atteindre 200.000% en 2019, d'après les chiffres (changeants) du FMI.

Selon l'index Cafe Con Leche imaginé par Bloomberg, une tasse de café qui coûtait 150 bolivars en novembre 2018 coûte désormais 18.000 bolivars.

Face à cette crise sans précédent et à un chômage généralisé, des milliers de Vénézuélien·nes se tournent désormais vers la cybercriminalité. Un rapport publié le 21 novembre par IntSights, une société mondiale de protection contre les cyberattaques, révèle que les cryptomonnaies sont particulièrement prisées, puisqu'elles ne subissent pas l'hyperinflation.

Les analystes d'IntSights ont mis à jour de vastes réseaux de cybercriminel·les, qui volent les informations personnelles d'individus travaillant notamment dans des banques, pour ensuite les revendre sur le dark web contre quelques pièces virtuelles.

Cette armée de l'ombre opère depuis le Venezuela mais aussi depuis la Colombie, où une partie des quatre millions de Vénézuélien·nes ayant fui leur pays se sont installé·es.

«L'underground vénézuélien a surgi à la surface avec l'anarchie et le chaos du régime de Maduro», a déclaré Tom Kellermann, responsable de la stratégie de cybersécurité pour la société d'informatique VMware et chercheur en cyberpolitique au Wilson Center.

En toute impunité

Le piratage est d'autant plus facile que les victimes ne sont presque jamais prises en charge dans ce pays au bord du gouffre, tant politiquement qu'économiquement. Bien souvent, les forces de l'ordre locales ferment les yeux.

Selon Charity Wright, analyste chez IntSights, il est aussi étonnamment facile de trouver des informations spécifiques sur ces cybercriminel·les, comme leur identité, leur localisation et même leur numéro de téléphone. En fouillant un peu, la spécialiste arrive à retrouver leurs profils sur les réseaux sociaux, accompagnés de photos récentes.

Rien à voir avec des hackers internationaux de haut niveau, dont le succès des opérations repose sur une discrétion absolue et sur la parfaite dissimulation de leur identité: au Venezuela, point de précaution. «Je pense qu'ils ne se cachent pas parce qu'ils sentent que la loi ne sera pas appliquée», déplore Wright.

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