Fin de partie pour ceux-ci. | Luis Robayo / AFP
Fin de partie pour ceux-ci. | Luis Robayo / AFP

Au Venezuela, les gangsters ne peuvent plus s'acheter de balles

La profonde crise économique traversée par le pays sud-américain a un effet inattendu sur la criminalité.

Il est d'usage d'imaginer le crime prospérer dans la misère et la crise. Au Venezuela, plongé dans une abyssale crise économique et politique, la pauvreté est telle qu'elle a fait une victime collatérale surprenante: la criminalité, qui y côtoyait autrefois de sombres sommets.

Pour The Associated Press, le journaliste Scott Smith est allé enquêter dans les coins interlopes de Caracas. Il a notamment rencontré «El Negrito», un gangster de 24 ans qui dit ne plus compter les victimes tombées sous les balles qu'il a tirées.

El Negrito raconte que tirer une seule de ces balles est dorénavant un «luxe» qu'il ne peut plus se permettre, dans un pays où le salaire moyen est de 6,5 dollars par mois [5,8 euros]. «Si tu vides ton chargeur, tu tires l'équivalent de 15 dollars, détaille-t-il. Si tu perds ton flingue ou que la police te le saisis, ce sont 800 dollars qui s'envolent.»

Résultat: les attaques à main armée ou les braquages semblent ne plus constituer une option rentable et le crime est en chute libre, à l'image du niveau de vie de la population vénézuélienne. Selon l'Observatoire vénézuélien de la violence, une ONG basée dans la capitale du pays, la criminalité serait en baisse de 20% sur les trois dernières années.

Pure logique économique

N'importe quelle nation se réjouirait d'une telle jugulation; dans le cas du Venezuela, elle n'est que le corrolaire logique des tourments du pays. La crise politique, l'hyperinflation démentielle et les pénuries de produits de première nécessité ont déjà poussé 3,7 millions de personnes sur le chemin de l'exil –dont de nombreux jeunes hommes, recrues traditionnelles des gangs.

Le directeur de l'Observatoire vénézuélien de la violence Robert Briceño souligne la pure logique économique sous-jacente au phénomène: «Personne ne s'en sort en ce moment, ni les citoyens honnêtes, ni les criminels qui en font des proies.»

Évidemment, le crime n'a bien sûr pas totalement disparu, mais il a changé. Le même El Negrito explique au journaliste continuer à faire quelques prises d'otages et demandes de rançons chaque année, mais moins qu'auparavant.

D'autres formes d'infractions se sont développées: le vol de câbles téléphoniques (pour leur précieux cuivre) ou de bétail, le trafic de drogues ou le minage d'or illégal ont désormais la prédilection des gangsters restés au pays.

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