Un patron, une maman | Ryan Franco via Unsplash
Un patron, une maman | Ryan Franco via Unsplash

Activision Blizzard paye ses employées $1 par jour pour connaître leur vie sexuelle

Le studio de jeux vidéo incite ses salariées à utiliser une application de «menstrutech» dont il peut récupérer les données.

Comme si l'industrie du jeu vidéo avait besoin de nouveaux scandales de sexisme et de mauvais traitement de ses employé·es, le studio Activision Blizzard, derrière les blockbusters Call of Duty, Overwatch ou World of Warcraft, a décidé d'allier les deux.

Fliquer les corps

Une enquête du Washington Post révèle que l'entreprise consulte les données très privées rentrées par ses employées dans l'application Ovia. Cette appli de «menstrutech» permet de renseigner son cycle menstruel, son état de santé, sa libido, son activité sexuelle, son humeur, les médicaments que l'on consomme, etc. Après un accouchement, on est incitée à partager des informations sur la santé de ses enfants.

Sa particularité est que l'app propose aux entreprises, moyennant finance, de récupérer les données de leurs employées, de les ordonner sous forme d'une «agrégation de data anonymisées» et de les rendre disponibles sur un site accessible aux ressources humaines.

Cela permet aux employeurs d'en connaître autant que possible sur le corps de leurs salariées et, selon Ovia, de «minimiser les dépenses en assurance santé et planifier pour les mois à venir». Sur son site, Ovia précise aussi suggérer des coachings de «retour au travail» après une grossesse.

Ovia, qui avait démarré en tant qu'application de «menstrutech» classique, comme Clue ou Flo ou Glow s'est fait approcher il y a trois ans par des grandes compagnies d'assurances, intéressées par la data qu'elle détient. Elle refuse de dévoiler combien d'entreprises travaillent avec elle, mais cela représenterait 10 millions de salarié·es.

Un patron, une maman

Chez Activision Blizzard, on assure ne forcer personne: «Au début, il y a eu des protestations “Vous fouinez dans nos vies” […] mais en fin de compte, ils comprennent que tout est volontaire, on ne met de canon sur la tempe de personne. Et on vous récompense si vous choisissez de le faire», explique Milt Ezzard, un vice-président de l'entreprise.

Et quelle récompense! Les employées qui acceptent de fournir leurs données à leur employeur peuvent bénéficier d'une prime d'un dollar par jour (89 centimes d'euro). En cartes cadeaux, de la part d'une entreprise qui a gagné 7,5 milliards de dollars en 2018 (environ 6,6 milliards d'euros): joli.

Le studio de jeux vidéo n'en est pas à son coup d'essai. En 2014, il a fortement incité ses salarié·es à utiliser un produit de Fitbit, un bracelet connecté qui mesure l'activité physique, le rythme cardiaque, etc.

Une fois les inquiétudes de ses près de 10.000 employé·es calmées à coup de récompenses financières, elle a introduit d'autres moyens de se tenir au courant de leur santé, en les incitant à renseigner d'autres informations: santé mentale, sommeil, régime alimentaire, autisme et même traitements éventuels contre le cancer. Le travail, c'est la santé, dit-on: effectivement.

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