Un tout petit produit aux grands pouvoirs. | Apple
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Les AirTags d'Apple, un potentiel cauchemar de surveillance domestique

Ils peuvent vous aider à retrouver vos clés, mais n'offrent qu'une faible protection contre les violences numériques.

Fin avril, en marge de ses nouveaux iMac ou iPads, Apple annonçait enfin les très attendus AirTags, concurrents de produits comme ceux de Tile, petits trackers permettant aux têtes en l'air de situer en un instant leurs clés perdues, le doudou égaré, le sac à dos planqué.

Relativement abordables avec un prix de vente de 35 euros, les AirTags sont conçus pour profiter à plein du maillage serré que constituent le réseau Find My et les milliards d'appareils Apple déambulant avec leurs propriétaires aux quatre coin du monde.

C'est grâce cette triangulation géographique, permise par sa connectivité bluetooth, que le petit pense-bête de l'entreprise américaine peut se positionner dans l'espace en cas de déclaration de perte, puis envoyer ses coordonnées à la personne possédant l'iPhone lui étant rattaché.

Bref, un système de tracking pas foncièrement nouveau ni techniquement révolutionnaire mais, comme le note Fast Company, qui s'insère immédiatement dans un écosystème bien plus massif que ceux de la concurrence.

Le site américain note surtout que les caractéristiques des AirTags pourraient très aisément être utilisées à de sombres desseins: ceux de la surveillance domestique, des violences numériques au sein des couples ou des familles et, in fine, des violences conjugales.

Apple, qui travaille régulièrement avec des association de lutte contre ces violences numériques et conjugales, semble consciente du problème, et a implémenté quelques garde-fous à son produit.

À la trace

Il semble ainsi qu'une personne qui possède un iPhone n'étant pas jumelé à un AirTag puisse être prévenue dans le cas où l'un de ces trackers «se déplace avec elle». Problème: malgré les ventes records des smartphones de la firme, c'est toujours le système Android qui domine le monde, avec une part de marché globale estimée à près de 90% en 2019.

Pour celles et ceux qui se trimballent avec un smartphone tournant sous Android, une protection a néanmoins été pensée: un AirTag signalera sa présence de manière sonore s'il n'est pas «pairé» à son iPhone initial pendant soixante-douze heures.

Apple a expliqué à Fast Company que cette durée pourrait être réduite à l'avenir. Mieux qu'une bonne idée, c'est sans doute un urgent impératif. En trois jours, un individu trackant de manière malveillante son conjoint, sa conjointe ou son enfant aura largement le temps de les croiser à nouveau, donc de se trouver à proximité de l'AirTag secrètement planqué dans son sac ou son cartable, qui se pairera alors et ne signalera jamais sa présence.

«Trois jours, ça ne marchera pas si vous rentrez chaque jour dans le lieu où vit la personne qui vous surveille», explique à Fast Company Corbin Streett, spécialiste en sécurité technologique pour l'association National Network to End Domestic Violence, qu'Apple a consulté par le passé pour d'autres produits.

Selon lui, la firme a conçu ses garde-fous avec, en tête, la menace classique du stalker vous traçant dans l'espace public, mais n'a pas pensé à ce modèle pourtant extrêmement répandu de la surveillance domestique et des violences numériques ou physiques qui en découlent.

Corbin Streett note également qu'Apple aurait pu, comme elle l'a fait pour l'application de contact-tracing développée dans le cadre de la pandémie de Covid-19, collaborer étroitement avec Google pour que les AirTags soient dotés de protections universelles, plutôt que d'alertes ne concernant que les personnes qui possèdent un iPhone.

Ces inquiétudes seront sans doute entendues par Apple. En attendant, pour certaines personnes ou dans certains foyers, il peut être raisonnable de se méfier de cet appareil qui est susceptible d'être détourné de son but premier en servant des desseins malveillants.

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