Google aussi cherche à enseigner les rudiments du codage aux enfants, avec Project Bloks. | Project Bloks
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Lire, écrire, compter, coder: la programmation, un apprentissage fondamental?

Apprendre le code aux enfants pour les aider à comprendre le monde numérique est important (mais pas complètement désintéressé).

En janvier 2018, Mounir Mahjoubi, alors secrétaire d'État chargé du Numérique, indiquait être plutôt favorable à la présence d'une épreuve de code informatique au bac. Signe que l'idée de mettre en avant l'informatique dans l'éducation fait son chemin.

Pour ses partisan·es, l'apprentissage de la programmation informatique dès le plus jeune âge est une évidence. Dans un monde où le numérique est omniprésent, avoir une compréhension des outils que nous utilisons au quotidien, ou de la logique qui sous-tend leur création, leur paraît indispensable.

Le temps que l'éducation nationale se décide à faire une plus large place dans ses programmes à l'informatique, qui n'en est pourtant pas tout à fait absente, les solutions ne manquent pas. Dès l'âge de 4 ans, les enfants peuvent profiter d'une myriade de jouets censés les entraîner à comprendre les fonctionnements algorithmiques et les bases du code. Même Lego s'y est mis.

Cubetto, une solution pour enseigner les premiers rudiments du codage aux plus jeunes.

Ces jouets sont un embryon d'initiation. Pour une approche plus concrète, certain·es se tournent vers des écoles spécialisées dans le code qui, sous forme de stages ou d'activités périscolaires, dispensent des cours d'informatiques aux ados et préados.

Citoyen·nes de demain

Code Code Codec propose ce genre de cours aux jeunes de 11 à 14 ans à Paris, Grenoble et Clermont-Ferrand. Pour son fondateur, Eric Benamou, ces futur·es citoyen·nes ont cruellement besoin d'être formé·es à l'informatique. «Les jeunes sont les cibles assumées des grandes entreprises du numérique, expose-t-il. Et bien souvent, leurs parents revendiquent ne rien comprendre au fonctionnement de la technologie que leurs enfants et eux-mêmes utilisent quotidiennement. Comprendre que la technologie peut être un outil, c'est être plus libre.»

C'est aussi être moins vulnérable. Car les mauvais comportements en ligne proviennent souvent du flou qui les entoure: «Quand on dit qu'il ne faut pas accepter un bonbon dans la rue, tout le monde sait expliquer pourquoi, mais lorsque l'on prévient qu'il faut utiliser des mots de passe sécurisés, la plupart des gens en sont incapables.»

Une autre approche est celle de l'organisation à but non lucratif code.org. Son but est de toucher le maximum de jeunes possible. Elle met en accès libre des guides pour séances d'initiation à l'informatique baptisées «Une heure de code», à destination de qui voudrait enseigner les bases à ses élèves.

Certaines sessions ont même été organisées en partenariat avec l'Éducation nationale. Elles ne visent pas à former des informaticien·nes mais à démystifier la programmation, aux yeux des élèves comme des enseignant·es, ainsi qu'à leur montrer que c'est un domaine accessible à tout un chacun –notamment aux minorités cruellement sous-représentées dans le secteur. Évidemment, les enseignements sont plus restreints et moins spécialisés que dans une école bien plus chère, mais l'effort est notable.

À qui profite le code?

Parmis les «généreux donateurs» de code.org se trouve le gotha de la Silicon Valley. Microsoft, Facebook et Amazon ont chacun donné plus de dix millions de dollars, Google plus de trois millions. Sans compter les PDG comme Bill Gates et Jeff Bezos, qui ont dépensé des millions sur leurs propres deniers.

Cette passion de la Silicon Valley pour le codage pour enfant n'est pas désintéressée. Le secteur des nouvelles technologies a certes le vent en poupe, mais il souffre également d'une sulfureuse réputation. Pour gagner la bataille de l'opinion, quoi de mieux que de vanter le côté fun et accessible de son industrie aux jeunes, voire aux très jeunes?

Dash et Dot, deux robots programmables.

L'enjeu pour les grandes entreprises est à la fois de créer et de fidéliser un vivier de futurs talents, avant de les attirer vers leurs propres écosystèmes. Car aux États-Unis comme ailleurs, la demande en informaticien·nes est si haute que leur recrutement est devenu une compétition.

Deux ans avant l'ouverture en 2016 de Code Code Codec, une multinationale ayant eu vent du projet a aussitôt contacté Eric Benamou pour lui proposer de fournir l'intégralité du matériel dont il avait besoin. Pour lui, cette voracité pose problème: «Les grandes entreprises veulent vous enfermer dans un écosystème, qui peut être très bon, mais qui ne permet pas réellement une émancipation par la maîtrise des outils.»

Autre exemple: Apple propose depuis 2016, sur iPad, une application gratuite appelée Swift Playground. Destinée aux enfants et débutant·es, l'app permet de contrôler un personnage dans un environnement 3D en lui donnant des instructions sous forme de code.

Mais en plus d'apprendre à coder, l'app apprend à manipuler Swift, un langage de programmation made in Apple lancé deux ans auparavant. Et donc orienter les bébés programmeurs vers leur propre système.

Pour que les jeunes acquièrent de réelles compétences en code et en informatique, qui ne soit bridées ni par les coûts de cours extrascolaires, ni par des partenariats avec des entreprises alléchées par la présence de futurs consommateurs, il faudrait que l'école publique s'y attelle plus sérieusement encore.

Mais faire du codage un savoir fondamental comme la lecture ou les mathématiques nécessiterait de lourds investissements sur l'intégralité du parcours scolaire, ainsi que l'adaptation permanente des programmes à un environnement aux mutations rapides.

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