Avec Tracking Skynet, Filipe Vilas-Boas surveille la surveillance et inverse les regards. | Via Filipe Vilas Boas
Avec Tracking Skynet, Filipe Vilas-Boas surveille la surveillance et inverse les regards. | Via Filipe Vilas Boas

La «sousveillance», ou comment espionner les espions

En pointant un télescope sur le satellite militaire Skynet, Filipe Vilas-Boas a renversé les rôles surveillant-surveillé.

À Mars, en Ardèche, le télescope Ritchey-Chrétien F8 de 600 millimètres abrité par l'observatoire Hubert Reeves depuis 2015 permet habituellement aux membres du club d'astronomie et aux touristes de passage de photographier les planètes du système solaire.

Au mois de juillet 2019, l'artiste Filipe Vilas-Boas l'a réquisitionné pour une mission radicalement différente: traquer sans relâche le satellite militaire britannique Skynet lors de ses passages au-dessus de la France.

Anxieux du flicage

Skynet 5D, acheté par le ministère de la Défense britannique, fabriqué par la filiale d'Airbus EADS Astrium et mis en orbite le 19 décembre 2012 par une fusée Ariane, est placé en orbite géostationnaire à près de 36.000 kilomètres de la Terre.

Le satellite de cinq tonnes sert de relais entre les différentes bases d'opérations du Royaume-Uni. Selon la BBC, il embarque des technologies (des lasers, entre autres) le rendant résistant à une attaque physique ou à une tentative de perturbation de ses communications.

Ce fleuron de la technologie de surveillance spatiale est un véritable cauchemar pour un anxieux du flicage comme Vilas-Boas, dont tous les projets questionnent notre rapport aux technologies modernes de l'information.

Arroseur arrosé

C'est là qu'intervient le principe de «sousveillance», théorisé par le chercheur et inventeur canadien Steve Mann, pionnier de la wearable tech.

Partant de la notion de surveillance comme l'observation depuis une position surélevée, à la manière des caméras placées dans les rues, la sousveillance consiste à observer l'observateur en retour, à hauteur humaine, avec des instruments maison.

Aux États-Unis, quand des citoyen·nes filment la police, c'est de la sousveillance hiérarchique. Lorsque des cyclistes filment leurs déplacements en permanence pour avoir des preuves à apporter à leur assurance en cas d'accident, c'est de la sousveillance d'alibi.

L'enjeu est simple: il s'agit de responsabiliser les surveillants vis-à-vis de leurs actes en retournant leurs outils et concepts contre eux –à commencer par l'effet Hawthorne, qui veut que l'on normalise son comportement lorsque l'on se sait observé.

À plus de 35.000 kilomètres de distance, Skynet 5D, lui, s'en fiche. Il observe, inlassablement.

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