Ce vieux tacot aurait pu changer le monde. | Roméo Gacad / AFP
Ce vieux tacot aurait pu changer le monde. | Roméo Gacad / AFP

Comment la voiture électrique a manqué de s'imposer il y a 100 ans

Plus performante et plus économique que la voiture à essence, pourquoi n'est-elle pas devenue la norme?

Il est toujours facile de réécrire l'histoire avec des «si». Et si Napoléon n'avait pas perdu à Waterloo? Et si Christophe Colomb n'avait pas découvert l'Amérique? Et si la voiture électrique était devenue la norme il y a 100 ans?

C'est cette dernière uchronie à laquelle s'est attachée une équipe de recherche de l'université de Lund en Suède dans une étude relayée par The Economist.

Selon elle, si le développement des infrastructures électriques aux États-Unis était intervenu quinze ou vingt ans plus tôt, la majorité des constructeurs auraient probablement opté pour l'électrique. Il faut rappeler, contrairement à ce qu'on croit souvent, que les premières voitures ont d'abord fonctionné à l'électricité et non au pétrole.

En 1881, le Français Gustave Trouvé présente une voiture électrique à l'Exposition internationale d'électricité. Celle-ci se trouve alors en concurrence avec les voitures à moteur à explosion et celles à vapeur. À l'époque, la voiture électrique offre même des performances supérieures: en 1899, c'est une voiture électrique, la «Jamais-Contente» qui franchit pour la première fois la barre des 100 km/h.

«Comme les premières générations de voitures étaient légères et relativement petites, les voitures électriques avaient une autonomie étonnamment bonne», confirme Josef Taalbi, professeur d'histoire économique à l'université de Lund et principal auteur de l'étude.

«De plus, grâce à l'électricité bon marché, l'utilisation d'une voiture électrique dans les années 1920 était, selon nos estimations, plus économique pour le conducteur qu'une voiture à moteur thermique.»

Virage historique raté

Oui, mais voilà: les infrastructures électriques sont alors encore largement sous-développées. «Une partie du problème était que la fourniture d'électricité aux ménages n'était pas rentable pour les producteurs d'électricité privés, indique Josef Taalbi. Ce n'est que dans les années 1930 avec le New Deal de Franklin Roosevelt qu'un réseau électrique universel a émergé. Mais c'est arrivé des décennies trop tard pour la voiture électrique.»

À l'inverse, les zones rurales ont été très tôt fournies en essence, car les magasins locaux stockaient déjà le carburant pour les équipements agricoles.

«Si la quantité d'électricité produite par les États-Unis en 1922 avait été disponible en 1902, 71% des modèles de voitures vendues en 1920 auraient été des modèles électriques», note l'étude. «Cela aurait réduit de 44% les émissions de CO2 pour la seule année 1920. Et, même si la voiture électrique aurait probablement été cantonnée aux environnements urbains, un système de transport mixte aurait parfaitement pu s'imposer», estime Josef Taalbi.

D'autres facteurs ont également contribué à la domination de la voiture à essence. «La voiture électrique était caractérisée comme un produit de luxe et un moyen de transport pour les femmes. La voiture à essence, en revanche, était perçue comme un moyen de transport aventureux qui avait un grand attrait pour les consommateurs masculins», relate Josef Taalbi.

Un siècle plus tard, c'est toujours le manque d'infrastructures qui freine l'essor de la voiture électrique. Si les ménages sont parfaitement équipés, les bornes de recharge font toujours défaut dans les zones rurales, ce qui effraye les automobilistes.

Le retard est cependant en train d'être rattrapé à grande vitesse. «Alors qu'en décembre 2020, on comptait encore 32.700 points de recharge ouverts au public sur le territoire français, on en dénombre 43.700 aujourd'hui, soit 11.000 bornes supplémentaires installées en six mois», vante le ministère de l'Écologie.

«En intégrant les points de recharge des particuliers, ce maillage fait de la France l'un des pays les mieux équipés d'Europe.» Si, une fois n'est pas coutume, l'exemple pouvait venir de chez nous...

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