L'ennemi auquel on ne pense pas. | Imthaz Ahamed via Unsplash
L'ennemi auquel on ne pense pas. | Imthaz Ahamed via Unsplash

Vos pneus polluent beaucoup, beaucoup plus que vos moteurs

Mauvaise nouvelle pour les électriques, notamment.

La pollution tue, et elle est une meurtrière des plus efficaces: il est estimé que chaque année, 9 millions de personnes dans le monde meurent de ses conséquences sur la santé, soit plus que le sida, la tuberculose et le paludisme réunis.

La pollution de l'air en particulier est l'une des plus directement pointées du doigt, et ce depuis longtemps. Des pays riches ont donc imposé aux moteurs thermiques de leurs automobiles neuves des filtres permettant de réduire fortement la quantité de particules et gaz nocifs rejetés dans l'atmosphère –ce qui est moins vrai des pays moins aisés ou pauvres, où nos vieux tacots polluants finissent souvent leur vie.

Las, il est un autre élément sur lequel les scientifiques commencent à se pencher, et qui pourrait dans les pays riches comme dans les autres causer de très sérieux problèmes sanitaires et environnementaux: les pneus. Selon une étude rapportée par le Guardian, ces indispensables roues sont ainsi responsables de 2.000 fois plus d'émissions de particules polluantes que les moteurs des automobiles.

Avec un large panel de composants toxiques ou cancérogènes, et sans même parler de leur recyclage, les pneus polluent l'air, mais aussi les sols, l'eau... et les corps: les pneus émettent des quantités astronomiques de particules ultra-fines (moins de 23 nanomètres), avec un billion d'entre elles relâchées en moyenne pour chaque kilomètre parcouru.

Également émises par les moteurs, les particules de cette finesse inquiètent les autorités sanitaires, car elles peuvent s'installer dans les organes en passant par le flux sanguin.

Le cas caoutchouc

«Les pneus sont clairement en train d'éclipser le pot d'échappement en tant que source majeure d'émissions de particules de la part des véhicules», explique au quotidien britannique Nick Molden, de l'organisme indépendant Emission Analytics, qui a mené ces recherches. «Les pots d'échappement polluent désormais si peu que, si l'on devait commencer aujourd'hui sur ces bases, on n'aurait même pas à les réguler» –notons que Molden parle uniquement de particules, pas de gaz à effet de serre.

Molden et ses équipes ont calculé que, sur une année aux États-Unis et en Grande-Bretagne, ce ne sont pas moins de 300.000 tonnes des matériaux utilisés pour fabriquer les pneus qui se retrouvent ainsi dans la nature –y compris dans nos corps. Il note en outre que des centaines et des centaines de produits chimiques, dont beaucoup de cancérogènes, sont concernés.

Son inquiétude est que si les autorités ont fortement régulé les émissions des moteurs, rien n'a réellement été fait à propos des pneus. Selon lui, quelques changements et obligations pourraient faire une différence globale majeure sur l'ensemble de cette pollution –celle-ci tend à augmenter dans les pays riches, dont les habitants roulent dans des véhicules de plus en plus lourds.

L'électrification très progressive des parcs automobiles dans les pays aisés n'est donc qu'une semi-bonne nouvelle: si les émissions de gaz à effet de serre sont nulles lorsque le véhicule roule, celui-ci n'en pollue pas moins son environnement avec ses pneus, bien que de manière différente.

C'est d'autant plus vrai qu'avant leur allègement progressif dans les prochaines années, les véhicules à batteries sont encore relativement lourds. Comme d'autres, Nick Molden appelle à une régulation rapide de la fabrication de pneumatiques, précisant qu'aller vers un mieux-disant technique et environnemental n'a rien d'une tâche insurmontable pour la filière, qui ne cesse par ailleurs de progresser sur de nombreux fronts.

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