Caroline Quinns et ses trois enfants, Ryan Njoroge, Kelli Wanjiku et Rubi Wangui ont été enterrés le 18 à Naukuru, au Kenya, après le crash de leur avion en Éthiopie. | Suleiman Mbatiah / AFP
Caroline Quinns et ses trois enfants, Ryan Njoroge, Kelli Wanjiku et Rubi Wangui ont été enterrés le 18 à Naukuru, au Kenya, après le crash de leur avion en Éthiopie. | Suleiman Mbatiah / AFP

Entre les deux crashs meurtriers du 737 Max, le déni coupable de Boeing

Déni, incompétence et même racisme ont constitué un cocktail mortel.

Les actionnaires de Boeing étaient de grands admirateurs de Dennis Muilenburg, PDG du géant de l'aviation entre 2015 et 2019. Sous sa houlette, l'action de la compagnie a quasiment triplé, atteignant les 386 dollars (340,6 euros).

Augmentation des profits, hausse des dividendes, rachats d'actions, baisse des dépenses: pendant son passage à la tête de Boeing, Muilenburg a tout fait pour chouchouter ses investisseurs.

Mais, comme l'explique le livre Flying Blind: The 737 Max Tragedy and the Fall of Boeing, écrit par le journaliste de Bloomberg Peter Robison, si ces méthodes plaisaient à Wall Street, elles inquiétaient au sein même de l'entreprise.

Un pilote se vantait par exemple dans un e-mail interne de pouvoir convaincre, grâce à des «manipulations d'esprit de Jedi», les compagnies aériennes et les agences de régulation que les pilotes déjà familiers avec le Boeing 737 n'avaient pas besoin d'un entraînement très poussé pour apprendre à maîtriser le 737 Max, dont les caractéristiques physiques étaient pourtant très différentes.

Vétérans du 737 mais novices sur 737 Max: c'était précisément le profil de Bhavye Suneja et de Harvino, les deux hommes aux commandes du vol indonésien Lion Air 610, qui a brutalement plongé dans la mer de Java le 29 octobre 2018, tuant ses 189 occupants.

L'appareil a semble-t-il été trompé par le dysfonctionnement d'un capteur censé calculer l'angle d'attaque de l'avion. Persuadé que l'appareil partait trop vers le haut, un système automatique appelé Maneuvering Characteristics Augmentation System (MCAS) a fait piquer l'avion vers le sol vingt-six fois consécutives. Ne sachant pas comment remédier au problème, les pilotes ont lutté plusieurs minutes contre leur propre appareil, avant qu'il ne finisse par s'écraser.

Racisme

Après la catastrophe, les ingénieurs de la Federal Aviation Administration (FAA), se sont vite rendu compte que Boeing avait mal évalué la sûreté du MCAS. En octobre 2021, un employé de la compagnie a été inculpé pour avoir fourni des informations «fausses, trompeuses et incomplètes» aux autorités de régulation à propos du logiciel incriminé.

Pourtant, après le premier crash, Muilenburg a continué d'assurer devant les caméras de télévision que le 737 Max était «sûr». Sur le plateau de Fox Business, il a répété plusieurs fois que, pour répondre au crash, son entreprise avait envoyé aux pilotes un rappel «des procédures de vol déjà existantes», sous-entendant que les pilotes étaient fautifs.

D'après l'enquête de Peter Robison, le racisme a joué un rôle dans le déni de Boeing face à ses propres erreurs. Selon lui, beaucoup d'employés de l'entreprise considéraient les équipes de vol non-américaines incompétentes et plaisantaient qu'ils étaient «trop bêtes pour épeler 737».

Cinq mois après le désastre, le 10 mars 2019, le 737 Max du vol Ethiopian Airlines 302 s'écrase dans des circonstances quasiment identiques à celles du crash du Lion Air 610, tuant 157 personnes. Les 737 MAX sont alors tous cloués au sol.

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