Entre de bonnes mains, le vieux clou MiG-29 est encore très capable. | Danil Shamkin / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Entre de bonnes mains, le vieux clou MiG-29 est encore très capable. | Danil Shamkin / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Le MiG-29, de terreur de la guerre froide à héros de la guerre en Ukraine

Vieille figure de l'ennemi soviétique, l'avion est désormais le fer de lance de la résistance face à la Russie.

Longtemps –avant que le rideau de fer n'éclate et alors qu'une confrontation militaire contre l'Empire soviétique et ses satellites restait une issue possible à la guerre froide–, le MiG-29 fut pour les Occidentaux une source de fascination et un objet de terreur.

Croquemitaine des airs à la réputation d'implacable assassin, il était au centre de beaucoup d'attentions –nombre de jeunes gens se souviennent notamment, des étoiles dans les yeux, de son rôle dans les Les Agresseurs ou L'Escadrille fantôme, tomes 44 et 46 du Buck Danny originel de Bergèse et Charlier.

«Quand il est apparu pour la première fois, en 1977, le MiG-29, comme son très lointain ancêtre le MiG-15, était une surprenante révélation: les Soviétiques étaient en train de rattraper leur retard sur la technologie aéronautique américaine», est-il écrit dans un article du Smithsonian Magazine à propos de l'aéronef.

Pour les États-Unis, ce MiG-29, nommé «Fulcrum» par l'OTAN, devient alors un épouvantail technologique. «Les sources variées de renseignement et les méthodes que nous utilisions pour rassembler des informations électroniques ou autres ont permis au gouvernement américain d'en apprendre assez vite un peu plus sur l'avion, et il était clair que nous devions faire quelque chose», explique ainsi Benjamin Lambeth, premier Américain à voler sur l'aéronef en 1989.

Cette évaluation permet à la trouille américaine de baisser d'un cran. Il s'avère que l'avion, bien que hautement manœuvrable, sans doute très capable en cas de dogfight, est le fruit d'une doctrine soviétique âgée et qu'il est conçu pour recevoir ses ordres d'un contrôleur au sol, plutôt que pour être l'arme fatale d'un pilote décisionnaire final, comme peuvent l'être ses rivaux F-16 ou F-15.

En 1997, les États-Unis mettent la main sur un lot de MiG-29 que la Moldavie ne peut conserver, afin d'éviter qu'ils ne partent en Iran. Ils peuvent ainsi les décortiquer pièce par pièce, les évaluer, en envoyer un exemplaire à la base aérienne Edwards pour des tests en vol et un autre au «Petting Zoo» de la base Nellis, où Washington conserve les matériels subtilisés à l'ennemi.

Un autre pilote de l'US Air Force, le lieutenant-colonel Fred «Spanky» Clifton, a pu piloter l'un des MiG-29 récupérés par l'Allemagne après la réunification. Dans un entretien donné à Jalopnik, il décrit sa légère déception après avoir pris les commandes de cet appareil autrefois craint. «Ses commandes sont médiocres, au mieux. Le système de contrôle de vol est un peu lent et met du temps répondre. Cela ne veut pas dire que le jet n'est pas très manœuvrable. Il l'est. Je le place entre le F-15C et le F-16. Le pilote doit en revanche travailler plus dur pour que l'appareil réponde de la manière qu'il souhaite.»

Le Fantôme de Kiev

Avance rapide: nous voilà en février 2022. La Russie s'apprête à lancer son «opération militaire spéciale» en Ukraine, dont elle nie bien sûr la réalité, mais qui fait peu de doutes dans une partie du renseignement occidental. Alors, on scrute les forces en présence, et la chose semble entendue avant même de commencer: la puissante Russie, son armée de l'air massive et ses aéronefs modernes ne feront qu'une bouchée des quelques vieux clous qui constituent la maigre défense aérienne de Kiev.

Comme beaucoup, nous nous trompions. Et de beaucoup. Vaillante, intelligente et mobile, la petite armée de l'air ukrainienne et ses vieux MiG-29 n'ont eu de cesse, depuis le début de l'invasion à grande échelle, d'en remontrer à son ennemie, à qui elle a interdit la conquête des cieux locaux.

Les MiG-29 qui, hier, faisaient si peur sont ceux qui, aujourd'hui, permettent en partie au pays de tenir face à son envahissant voisin. Les forces ukrainiennes en font une utilisation intelligente, créative et précautionneuse qui fait des ravages chez les Russes –selon un dernier décompte, Moscou aurait perdu le nombre colossal de 287 avions, et presque autant d'hélicoptères, depuis le 24 février.

Le MiG-29 et les autres chasseurs ukrainiens, ainsi que l'explique Task & Purpose, sont utilisés en conjonction avec d'autres défenses anti-aériennes, tels que les systèmes de conception soviétique S-300 et d'autres envoyés par l'Occident comme le missile Crotale français ou le système NASAMS norvégien, ou bien encore les armes portatives comme les MANPADS, les lance-missiles FIM-92 Stinger ou le redoutable Starstreak britannique.

Résultat, le MiG-29 et ses pilotes, très respectés par leurs homologues américains avec lesquels ils se sont entraînés, posent de tels problèmes à l'aviation russe que celle-ci, souvent, préfère rester à distance pour ne pas risquer de perdre d'autres avions, laissant souvent les troupes au sol sans soutien aérien. On raconte même que le très récent Su-57, supposé être le fer de lance technologique des forces aérospatiales russes, ne vole que dans l'espace aérien russe, de peur d'être abattu en Ukraine et de révéler tous ses furtifs secrets.

De croquemitaine occidental, le MiG-29 est même devenu un mythe –au sens propre du terme. Au début du conflit émergeait ainsi la figure légendaire du «Fantôme de Kiev» qui seul ou presque défendait, comme un as indestructible, les cieux mouvementés du pays, abattant les uns après les autres les avions russes.

Dernièrement, et de manière beaucoup plus réelle, l'aviation ukrainienne et ses MiG-29 se sont illustrés dans ce qui ressemble fort à une bataille d'Angleterre 2.0.

Ils s'emploient ainsi à défendre comme ils le peuvent, avec les moyens du bord mais avec une efficacité certaine, le pays, ses civils et ses infrastructures de la pluie de drones, en particulier les petits drones iraniens Shahed-136, et de missiles balancée par la Russie. Et sauvent ainsi sans doute d'innombrables vies au sol.

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