Sans chauvinisme aucun, avouons tout de même qu'il est le plus beau. | Christophe Simon / AFP
Sans chauvinisme aucun, avouons tout de même qu'il est le plus beau. | Christophe Simon / AFP

Rafale: comment l'avion «invendable» engrange désormais les succès

Le fleuron de l'armée française a longtemps enchaîné les déboires à l'export.

Avec l'achat de quatre-vingts Rafale le 5 décembre, les Émirats arabes unis viennent d'offrir à Dassault son plus gros contrat pour son avion de chasse à l'export.

Au total, la facture avoisine les 14 milliards d'euros, «un montant rarement approché dans l'histoire de l'industrie militaire française, voire dans l'industrie française tout court», soulignent les Échos.

Lancé en 2002, le Rafale a pourtant longtemps été qualifié «d'avion maudit». Durant quinze ans, il a accumulé les déboires à l'export: trop cher, trop sophistiqué, trop difficile à piloter et à entretenir…

Singapour, Corée du Sud, Canada, Maroc, Pays-Bas: à chaque fois, le Rafale s'est fait rafler la mise par ses petits concurrents comme l'Eurofighter ou le F-35 américain.

Il faut dire qu'à l'époque, le Rafale n'a encore jamais essuyé les plâtres lors d'opérations concrètes, ce qui n'aide pas à asseoir sa crédibilité. Mais, même après avoir fait ses preuves sur le terrain en Afghanistan, en Lybie ou au Sahel, et malgré un appui politique prononcé, notamment de la part de Nicolas Sarkozy, le Brésil préférera finalement le Gripen suédois au Rafale en 2013.

Il faut dire que le coût de l'appareil est assez dissuasif: 90 à 100 millions d'euros pièce, soit pratiquement autant que le F-35 américain, pourtant jugé comme l'avion le plus cher au monde.

Un coût justifié par Dassault par sa polyvalence: défense et supériorité aérienne, attaque au sol, lutte antinavire, reconnaissance, ravitaillement aérien, bombardement stratégique... Lourd de 10 tonnes, le Rafale est le seul chasseur au monde capable d'emporter jusqu'à 1,5 fois son poids en carburant et armements, souligne l'Est Républicain.

Jusque-là, que des vents

En 2015, le compteur se débloque enfin, avec la vente de vingt-quatre Rafale à l'Égypte. Un premier succès qui va permettre à Dassault d'enclencher la machine, avec la signature de contrats au Qatar, en Inde, en Grèce puis en Croatie et aux Émirats.

L'explication de ce tardif succès tient à plusieurs facteurs économiques et géopolitiques. D'abord, de nombreux pays doivent actuellement remplacer leur flotte vieillissante.

Des pays qui ne sont plus autant enclins à mettre tous leurs œufs dans le panier américain, notamment après le retrait des forces américaines d'Irak puis d'Afghanistan, qui a ancré l'idée chez nombre de leurs partenaires que les États-Unis n'étaient pas aussi fiables qu'ils en avaient l'air et qu'ils pouvaient préférer passer des accords ailleurs pour renforcer leur aviation militaire.

«Disons que l'imprévisibilité des États-Unis a pu jouer en faveur de ce contrat [aux Émirats]», explique aux Échos une source française haut placée.

En outre, Paris laisse une plus grande marge de manœuvre à ses partenaires après la vente, contrairement aux États-Unis qui verrouillent le contrôle des données sur les appareils vendus.

La vente des Rafale s'accompagne aussi de la formation des pilotes et de contrats de coopération pour la maintenance. Au total, 242 Rafale ont à ce jour été vendus à l'exportation, en comptant ce dernier contrat aux Émirats.

C'est encore loin de l'Eurofighter Typhoon, dont ont été écoulés 571 modèles dans sept pays, et du F-35, qui compte près de 2.500 appareils en service rien que dans l'armée américaine et vendu à plus de quatorze pays dans le monde. Mais l'avion français s'affiche de plus en plus comme véritable alternative.

Durant les temps de vaches maigres, le Rafale a cependant été porté à bout de bras par l'armée française, qui a probablement acquis plus d'avions qu'elle n'en n'avait réellement besoin.

Un soutien qualifié par certains de «cadeau à Dassault», mais qui a finalement payé. Le Rafale devrait encore voler dans le ciel jusqu'en 2040, date après laquelle les avions se passeront sans doute de pilote.

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Un autre point chaud. Très chaud.