L'enthousiasme des foules pour la maquette du SCAF, présentée au Salon du Bourget en 2019. | Éric Piermont / AFP
L'enthousiasme des foules pour la maquette du SCAF, présentée au Salon du Bourget en 2019. | Éric Piermont / AFP

Le SCAF, prochain avion de chasse franco-allemand, est-il déjà condamné?

Le crash de ce projet labyrinthique semble imminent.

«Je ne crois pas que le processus vital est engagé, mais je ne vais pas vous dire que le malade n'est pas dans un état difficile.»

Tenus lors de la présentation des résultats de l'entreprise le 5 mars, les propos du patron de Dassault, Éric Trappier, ne prêtent guère à l'optimisme quant au futur du programme SCAF (Système de combat aérien du futur), destiné à concevoir un avion de combat de nouvelle génération et l'écosystème qui l'accompagnera.

À peine lancé, le projet copiloté par l'Allemagne et la France, rejointes par l'Espagne, a donc du plomb dans l'aile –au point que la petite musique de l'annulation pure et simple du projet commence à résonner ici ou là.

D'un coût estimé à 100 milliards d'euros, le programme SCAF cherche à dessiner les contours de ce qui prendra la place du Rafale français et de son concurrent multinational l'Eurofighter à l'horizon 2040.

Système complet et connecté, il devrait être constitué d'un appareil principal, piloté par un humain, accompagné d'«effecteurs», des drones sans pilote chargés de l'épauler dans ses missions, à l'image du Loyal Wingman de Boeing.

Dédale industriel

Comme tout projet européen, le SCAF se heurte tout d'abord à une grande complexité industrielle. Dassault pour la France et Airbus pour l'Allemagne devaient originellement copiloter le projet à parts égales. L'arrivée tardive de l'Espagne dans le projet a modifié les équilibres, Airbus étant désormais aussi chargée des intérêts de la péninsule ibérique, qui réclame un tiers de la charge de travail.

Cockpit, motorisation, leadership sur le projet de NGF («New Generation Fighter», le pilier avion du programme), financement et exportations futures étroitement surveillées par le Bundestag: les autres points de blocage, listés par Challenges, donnent une idée de l'embrouillamini diplomatique, politique et industriel que constitue ce projet hors norme.

L'un des points les plus épineux est celui de la propriété intellectuelle. Si le pays nie avoir émis de telles demandes, l'Allemagne réclamerait à Dassault un accès à certains de ses savoir-faire et secrets technologiques, pour ne pas perdre la main sur le programme et ses éventuelles retombées. Une ouverture des «boîtes noires» du constructeur français à laquelle il est fermement opposé.

Le blocage est tel que l'Allemagne envisagerait de plancher en solo sur son propre démonstrateur et que le patron de Dassault explique, de son côté, qu'un «plan B serait techniquement possible». Celui-ci pourrait être la conception d'un nouvel aéronef en solitaire, mais l'idée d'une association avec les Britanniques sur le Tempest ne semble pas exclue.

Tout ceci contraste très fortement avec ce qui se déroule de l'autre côté de l'Atlantique. L'annonce par l'US Air Force du développement et du test, en douze mois seulement et grâce aux techniques d'ingénierie numérique, d'un nouvel avion de combat de nouvelle génération, change la donne au niveau mondial.

Comme le note Popular Mechanics, les acteurs européens engagés dans le SCAF pourraient vouloir se pencher sérieusement sur la philosophie et la réactivité de cette «Digital Century Series». Ainsi, plutôt que se perdre dans les méandres d'un programme dédaléen et risquer une obsolescence instantanée, l'Europe aurait peut-être tout à gagner à multiplier des projets spécifiques, qu'elle pourrait rendre complémentaires.

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