Le bébé parfait existe-t-il? Peut-on l'acheter? | Michal Bar Haim via Unsplash
Le bébé parfait existe-t-il? Peut-on l'acheter? | Michal Bar Haim via Unsplash

Bienvenue à Gattaca (mais en vrai, et dès maintenant)

Une start-up propose des tests génétiques sur des embryons pour déterminer les risques de maladies ou de déficience intellectuelle.

Prédire avant implantation d'un embryon, dans le cadre d'une fécondation in vitro, si l'enfant à naître présentera au cours de sa vie des risques élevés de diabète, de maladies cardiovasculaires, de mélanomes, d'hypertension, de déficience intellectuelle ou sera plus petit que la moyenne de ses camarades: c'est le synopsis du film Bienvenue à Gattaca, réalisé par Andrew Niccol et sorti en 1997.

Science-fiction? Anticipation, plutôt: vingt-deux ans plus tard, une start-up du New Jersey nommée Genomic Prediction se positionne sur ce marché hautement contestable.

Son activité est pour l'instant plutôt discrète et présentée comme étant à un stade préliminaire mais, ainsi que le rapporte la Technology Review du MIT, l'entreprise devrait publier dans les prochaines semaines une étude de cas présentant l'histoire de certain·es patient·es ayant fait appel à ses services.

Passant par les rares centres de fécondation in vitro qui acceptent de jouer son jeu, la firme propose aux personnes qui le désirent de tester l'ADN de plusieurs embryons, avant implantation, afin d'attribuer à chacun un score de risque polygénique.

Celui-ci présente aux futurs parents les pourcentages de risques de développer certains types de maladie, plus ou moins élevés par rapport à la moyenne. Les futurs parents peuvent alors choisir l'embryon à l'avenir le plus sûr et se débarasser de ceux qui, au contraire, semblent être destinés à un futur moins favorable.

Eugénisme et pseudo-science

La critique est, comme on pouvait s'y attendre, intense. La première, la plus importante, est d'ordre scientifique. Graham Coop, généticien à l'Université de Californie à Davis, affirme crûment à la MIT Technology Review qu'il est «irresponsable d'expliquer que la science permet de choisir un embryon plutôt qu'un autre pour minimiser les risques, car elle n'en est pas encore capable».

L'autre limite est éthique et pose la question de l'eugénisme. Un autre spécialiste de la question, Santiago Munne, explique que c'est une boîte de Pandore qui risque de s'ouvrir, les futurs parents étant poussé·es à chercher, sans jamais pouvoir le trouver, l'embryon parfait parmi ceux testés.

Quant à la frontière entre la détermination (très imparfaite) d'une possible déficience intellectuelle ou, au contraire, d'un QI potentiellement élevé, elle semble mince –d'autant plus mince que l'un des cofondateurs de l'entreprise, Stephen Hsu, ne fait pas mystère de ses objectifs en la matière.

Dans le cadre d'une fécondation in vitro, les embryons sont souvent testés pour certaines anomalies chromosomiques et maladies génétiques majeures –rien à voir avec les prédictions au doigt mouillé vendues par Genomic Prediction. Parce que ces doutes éthiques et scientifiques sont encore largement partagés dans la recherche et chez les praticien·nes, Genomic Prediction évolue pour l'instant dans une zone grise.

Elle compte sur le bouche-à-oreille, la rumeur et des médecins peu scrupuleux pour trouver de futur·es client·es, prêt·es à débourser des fortunes pour effectuer ces tests supplémentaires. Mais qui sait ce que l'avenir nous réserve?

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