Une ville nouvelle, en Iran. | Mehrdad Jiryaee via Unsplash
Une ville nouvelle, en Iran. | Mehrdad Jiryaee via Unsplash

Un millionnaire veut construire une «ville blockchain» en plein désert

La cité serait autocontrôlée, et échapperait à la juridiction de tout État. Utopie ou dystopie?

En plein désert du Nevada, à 20 kilomètres à l'est de Reno, va peut-être sortir de terre la première «ville blockchain» au monde.

Jeffrey Berns, un millionnaire de 59 ans à la tête de la société d'investissement Blockchains LLC, a acquis 27.000 hectares de terres en 2018 dans le comté de Storey pour y implanter sa future ville utopique entièrement gérée par blockchain.

Sur ce terrain, l'entreteneur espère construire 15.000 habitations, des écoles, ainsi que 3 millions de mètres carrés d'espaces commerciaux et industriels d'ici soixante-quinze ans.

Dans cette ville, tout ou presque sera géré en s'appuyant sur une blockchain: les achats s'effectueront via une cryptomonnaie et chaque habitant disposera d'un compte blockchain pour voter et stocker ses données médicales, financières et personnelles. La blockchain permettra également d'acheter ou de revendre l'électricité entre voisins.

Cette ville créée ex nihilo constituera un moyen de reprendre le contrôle sur son identité et ses données en ligne sans dépendre d'un gouvernement ou d'entreprises, défendait le millionnaire en 2018.

Bref, une ville entièrement bâtie sur une page blanche et qui ne ressemblera à rien de connu, promet le libertarien Jeffrey Berns, qui considère le gouvernement comme un intermédiaire «inutile» entre les gens et les idées.

Liberté!

Pour réaliser son projet, Jeffrey Berns fait aujourd'hui appel à l'État du Nevada pour qu'il modifie sa législation et autorise des zones d'innovation.

Au sein de celles-ci, les entreprises auraient des pouvoirs identiques à ceux d'un gouvernement de comté, à savoir la création de son propre système judiciaire, la possibilité de lever des impôts, la prise de décision pour la construction d'infrastructures ou la gestion des terrains et de l'eau.

Une proposition accueillie avec curiosité et scepticisme par les législateurs du Nevada, jusqu'ici plutôt habitués à accorder de larges déductions fiscales.

L'État a ainsi accordé 1,3 milliard de dollars à Tesla en 2014 afin d'attirer son usine de batteries géantes. Le Nevada est par ailleurs connu pour être un paradis fiscal, avec zéro imposition sur les sociétés, sur les bénéfices, sur les dividendes, ainsi qu'un anonymat garanti pour le directeur et les actionnaires des firmes.

Le millionnaire peut néanmoins déjà compter sur le soutien du gouverneur démocrate Steve Sisolak, qui a relayé sa demande de zone d'innovation lors de son allocution en janvier dernier.

«Cela permettra d'attirer de nouvelles entreprises qui créent des technologies révolutionnaires sans recourir à des abattements fiscaux ou à des financements publics», a-t-il justifié. Un enthousiasme sans doute amplifié par les 60.000 dollars de dons versés par Blockchains LLC à son comité de campagne.

Si le projet est accepté, les entreprises technologiques disposant de 20.000 hectares de terrain et promettant un investissement d'un milliard de dollars pourraient créer des zones gouvernées par trois personnes, deux étant issues de l'entreprise elle-même, indique l'agence Associated Press. Une étape de plus vers un système dont on ne sait pas très bien s'il est utopique ou dystopique.

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