Les élevages chinois sont très productifs –grâce à des technologies occidentales. | STR / AFP
Les élevages chinois sont très productifs –grâce à des technologies occidentales. | STR / AFP

Ce que les poulets nous disent du retard technologique chinois

Si les choses s'accélèrent nettement, il reste du chemin à parcourir pour une pleine indépendance du pays.

Les poulets élevés en Chine sont le fruit d'une longue et méticuleuse sélection génétique, au cours de laquelle ils ont acquis leurs caractères de résistance aux maladies, de maximisation du ratio viande/poids, ou d'une croissance ultra-rapide.

Ces poulets boostés, appelés «poulets à plumes blanches» par les Chinois, sont aujourd'hui deux fois plus gros qu'à la fin des années 1970, et quatre fois plus gros qu'à la fin des années 1950, selon une étude de l'Université d'Alberta. Ils mangent deux fois moins pour atteindre ces tailles, et le volume de leurs poitrines a augmenté de 80%.

Les «poulets à plumes jaunes» chinois, descendants des volailles de basse-cour, mettent deux fois plus de temps à arriver à maturité et ne pèseront jamais plus de la moitié du poids de leurs cousins occidentaux.

Secret bien gardé

Avec 20 millions de tonnes de poulet englouties en 2019, la Chine est désormais le plus gros consommateur devant les États-Unis et le Brésil.

Mais malgré ses efforts, elle reste terriblement dépendante des poulets occidentaux. Les poules reproductrices les plus prolifiques, produites par les géants de l'industrie avicole tels que les Américains Aviagen ou Cobb (propriété du groupe Tyson Foods) sont jalousement gardées par leurs concepteurs pour servir leurs propres marques.

Leur progéniture de deuxième génération est transportée par avion vers des pays comme le Brésil, le Royaume-Uni ou la Nouvelle-Zélande pour pallier un éventuel choc d'approvisionnement (en cas d'épidémie de grippe aviaire, par exemple).

Enfin, les poussins de troisième génération sont exportés à l'âge de 3 jours vers des partenaires comme la Chine, qui les élève pendant six mois dans des installations climatisées et éclairées artificiellement. Chaque année, la Chine importe ainsi 1,6 million de «poussins à plumes blanches» de troisième génération, raconte The Economist.

Cela ne suffit malheureusement pas à couvrir les besoins de la population, et les marchés locaux sont encore majoritairement approvisionnés en «poulets à plumes jaunes».

Les éleveurs chinois tentent bien d'initier des races locales plus productives, mais créer une race nationale à partir de zéro prendrait des années et risque de ne pas répondre aux besoins du marché, désormais habitué aux standards occidentaux. La Chine s'est pourtant fixé comme objectif prioritaire de sortir de cette dépendance avicole occidentale au plus vite.

Les poulets ne sont certes pas aussi glamour que les trains à grande vitesse ou les ordinateurs quantiques. Mais ils sont un exemple du manque d'autonomie chinoise en matière de technologie.

Privé d'Android, Huawei a bien du mal à imposer son système d'exploitation maison. Malgré ses efforts pour développer ses propres puces, la Chine importera encore cette année pour 300 milliards de dollars de semi-conducteurs afin de satisfaire ses fabricants de produits électroniques. Ses avions maison, du groupe étatique Comac, reposent majoritairement sur des technologies développées de longue date par Airbus et Boeing.

Il ne suffit pas de disposer d'une armada de brillant·es scientifiques pour rattraper un retard de plusieurs dizaines d'années. Le poulet chinois aura donc encore pour longtemps un arrière-goût américain.

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