Des policiers surveillent la mosquée Id Kah, en 2017. | Johannes Eisele / AFP
Des policiers surveillent la mosquée Id Kah, en 2017. | Johannes Eisele / AFP

Comment la Chine a transformé une ville en prison technologique

Quand ils ne sont pas internés dans des camps, les Ouïghours vivent dans les villes où la surveillance high-tech est la plus sévère.

Malgré l'absence de véritable réaction de la communauté internationale, il est désormais de notoriété publique qu'il existe dans le Xinjiang, la région à l'extrême ouest de la Chine, des «camps de rééducation» où sont concentrés des Ouïgours, une minorité musulmane chinoise.

Ce qui est moins connu est qu'outre ces camps de détention fermés, les villes où vivent «librement» les musulmans chinois se transforment petit à petit en prisons à ciel ouvert. L'un des meilleurs exemples est sans doute la ville de Kachgar, où se trouve la mosquée Id Kah, la plus grande de Chine. Elle sert de laboratoire au totalitarisme high-tech qui se répand petit à petit dans tout le pays.

Prison technologique

D'après un reportage exceptionnel du New York Times, la ville est quadrillée de check-points tous les cent mètres environ, où les habitant·es font la queue afin de scanner leur carte d'identité et qu'une machine à reconnaissance faciale prenne une photo de leur visage.

Les très nombreux policiers qui surveillent la ville contrôlent régulièrement les téléphones afin de s'assurer que soient bien installés les logiciels espions obligatoires, qui enregistrent appels et SMS. En plus des check-points, des milliers de caméras de surveillance sont placées partout dans les rues, les boutiques et les mosquées, et suivent à la trace les Ouïghours –ces caméras sont équipées de technologie de reconnaissance faciale et d'algorithmes qui traquent et enregistrent tous leurs faits et gestes.

Comme vous pouviez le lire sur korii le 28 janvier, les entreprises high-tech chinoises se font des fortunes en fournissant ces technologies au gouvernement. Selon les journalistes du New York Times, «elles font comme si leurs outils avaient la précision d'un laser mais ils frappent tout le monde sans distinction».

Surveillance et punitions

La surveillance systématique permet ensuite de noter et de classer les habitant·es selon leur comportement. Ce système de notation existe dans le reste du pays, où des mauvaises notes empêchent par exemple 23 millions de personnes de prendre l'avion ou le train.

Seulement, à Kachgar, les conséquences peuvent être bien plus graves. Comme dans une prison, où les matons font la loi, une mauvaise note se traduit par de fréquentes perquisitions, de jour comme de nuit, effectuées par les milliers de policiers et de fonctionnaires du gouvernement stationnés dans la ville.

Si les suspicions sont trop lourdes, les suspects risquent l'internement dans le camp situé non loin de la ville, qui peut accueillir 20.000 détenu·es. Dès la maternelle, les enfants sont interrogés par la police. Si l'un d'entre eux déclare par exemple que sa famille lui enseigne le Coran, elle peut disparaître le lendemain. Les enfants sont ensuite placés dans des orphelinats géants.

Et ces orphelinats ne sont pas les seuls à avoir remodelé l'espace urbain. Depuis les années 2000, la vieille ville est massivement détruite afin de remplacer son dédale de petites rues par de larges avenues, où les caméras sont plus efficaces et où la police peut patrouiller plus librement.

Cette intimidation semble bien fonctionner. Lors de leur enquête, les journalistes sont allés visiter la mosquée Id Kah, l'une des rares encore ouvertes, qui peut accueillir 10.000 fidèles. Le vendredi, pourtant principal jour de prière pour les musulman·es, seulement quelques douzaines d'hommes étaient présents. La police enregistre qui entre et sort, et ses caméras filment sans arrêt la salle de prière.

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