De bien nébuleuses recherches. | Michael Diane Weidner via Unsplash
De bien nébuleuses recherches. | Michael Diane Weidner via Unsplash

Pour sauver le climat, les sciences américaines se convertissent au «blocage du soleil»

Trop tard pour faire marche arrière?

Jouer avec les éléments tels des démiurges afin de modifier la course du changement climatique: l'idée n'est pas tout à fait neuve. Et si le soutien de ces technologies expérimentales de géo-ingénierie a longtemps été l'apanage d'une frange marginale des communautés scientifiques, les choses semblent être en train de changer.

Dans un récent rapport, notamment financé par la Nasa, la National Oceanic and Atmospheric Administration ou le Département de l'énergie, les prestigieuses National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine (NASEM) américaine a ainsi réclamé des autorités de leur nation qu'elles lancent avec dilligence des recherches et études sur la géo-ingénierie solaire, dont nous vous avons déjà parlé ici ou bien encore ici.

L'idée globale de la chose est de reproduire de façon maîtrisée –du moins, c'est ce qui est souhaité– les effets d'une éruption volcanique sur le climat.

La «stratospheric aerosols injection», soit la dissémination dans les hauteurs de l'atmosphère terrestre de particules telles que le dioxyde de soufre permettrait de bloquer ou réfléchir une partie des rayons du soleil, préservant la planète de quelques degrés.

Comme le rapporte le New York Times, les NASEM réclament qu'un budget de 100 millions de dollars soit mis sur la table pour étudier la faisabilité et les effets secondaires –potentiellement désastreux– de ces techniques de géo-ingénierie solaire.

Le rapport, et les scientifiques l'ayant rédigé, ont pleinement conscience des risques associés aux «stratospheric aerosols injections» ou méthodes apparentées. Celles-ci peuvent être le bouleversement des climats régionaux, comme une disruption de la vitale mousson asiatique, avec des conséquences géopolitiques incalculables, un relâchement dans la volonté mondiale de décarboner les économies, des pluies acides, etc.

Engrenages

Mais voilà: selon les NASEM, et bien que cela n'exonère en rien les gouvernements de leurs efforts actuels et à venir, il est déjà trop tard pour se passer de la géo-ingénierie solaire si l'on souhaite conserver une relative maîtrise du réchauffement à venir.

Les National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine précisent qu'une étude approfondie des effets de la géo-ingénierie solaire sur les économies locales, en particuliers agricoles et dans les pays les plus pauvres, est un indispensable corollaire à ces travaux de recherche.

Mais le prestige de l'institution n'étouffe pas pour autant la controverse. D'autres scientifiques, méfiants envers ces manipulations climatiques irraisonnées, opposent qu'engager de telles recherches priverait de précieux crédits les champs plus durables dédiés à la décarbonation économique.

En outre, l'étude d'impact sur les populations les plus pauvres ne garantirait pas leur protection, en particulier si ces recherches aboutissaient au calcul d'un rapport bénéfice-coût favorable à l'humanité dans son ensemble –voire aux pays riches et occidentaux seulement.

«Une fois que ces types de projets entrent dans un processus politique, les scientifiques qui réfléchissent en amont à ces choses, à ces mises en garde ne sont plus en contrôle», explique ainsi au quotidien new-yorkais Prakash Kashwan, professeur de sciences politiques à l'université du Connecticut. Peut-être l'engrenage est-il déjà engagé –reste à savoir où il mènerait.

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Conclusion: tout est à revoir.