Moins discutée que quand il s'agit des réseaux sociaux, la liberté d'expression fait aussi débat concernant Cloudflare. | Sang Huynh via Unsplash
Moins discutée que quand il s'agit des réseaux sociaux, la liberté d'expression fait aussi débat concernant Cloudflare. | Sang Huynh via Unsplash

Cloudflare, champion de la liberté d’expression ou allié de la haine en ligne?

Ce géant du web, qui assure la protection informatique de millions de site web, assume de ne jamais trier ses clients. Pour le meilleur comme pour le pire.

Il est tout à fait probable que vous n’ayez jamais entendu parler de la Cloudflare. Pourtant, pas moins de 12 millions de noms de domaine sur internet dépendent de cette société. L'entreprise fait ce que l’on appelle de la distribution de contenu, c’est-à-dire qu’elle assure la fluidité du trafic sur un site et le protège d’attaque par déni de service (DDoS) –elle agit comme un filtre qui ne laisse entrer que les internautes désirables.

Étant donné le nombre de sites qui font appel à ses services, on y trouve de tout, du plus classique à la lie du net. Cloudfare compte ainsi parmi ses clientes et clients des sites comme celui de la Westboro Baptist Church, un groupe violemment homophobe, celui de Gab, un système de messagerie instantanée prisée par les racistes américains (dont ceux impliqués dans le massacre antisémite de Pittsburg l’année dernière), des sites suprémacistes néo-nazis prônant une guerre raciale et certaines organisations terroristes.

Fournir des services de protection à ces types de contenu n'a pas manqué de provoquer des polémiques. Sur le plan moral, tout d’abord, Cloudflare est parfaitement conscient de fournir ses services à de tels sites. La société a été interpelée sur le sujet à de nombreuses reprises et son PDG, Matthew Prince, assume totalement. Il estime indispensable que les géants du web restent strictement neutres: «Internet est administré par une dizaine de sociétés. Si ces sociétés commencent à imposer leur valeurs et leur leadership, c’est un énorme risque.»

Cela peut ressembler une pirouette pour justifier que l'entreprise ait placé le profit capitaliste au-dessus de la morale, mais Cloudflare affirme que son choix est bien idéologique, puisque la majorité des sites visés n’ont, heureusement, pas beaucoup de visiteurs et visiteuses et peuvent donc opérer sur des comptes gratuits.

Tuyau ou plateau?

Une autre question qui se pose sur Cloudflare concerne son statut dans l’écosystème du web. Sans ses services, les sites ne disparaîtraient pas d’internet mais ils seraient bien plus lents et exposés aux attaques informatiques qui pourraient, elles, les faire disparaître. Il protège aussi l’identité du propriétaire d’un nom de domaine.

Or, il existe un consensus relatif sur le fait que les sociétés qui servent de «tuyaux» pour le web et qui constituent sa colonne vertébrale, tels les fournisseurs d’accès, ont un devoir de neutralité destiné à garantir un internet libre. Toute la question est donc de savoir si, oui ou non, Cloudflare peut être considéré comme tel.

Pour Keegan Hankes, un membre du Southern Poverty Law Center, une organisation de lutte contre les groupes haineux, Cloudflare ne constitue pas une simple passerelle. L'entreprise optimise les contenus pour les rendre plus accessibles et les recopie dans ses centres de données. Elle peut donc être considérée comme l’hôte de ce contenu, ce qui change notablement la donne: «Je ne veux pas que des manuels terroristes soient optimisés pour améliorer leur distribution, c’est néfaste à la société. […] Et j’imagine que les familles des victimes de ces groupes sont d’accord avec moi.»

Et la loi dans tout ça?

Se pose également la question de la légalité: peut-on aider à rendre disponible des contenus qui tombent sous le coup de la loi? Car la société dispose par exemple de data center en France et en Allemagne, où questionner l’existence de la Shoah est illégale, ainsi que dans de nombreux pays ou l’incitation à la haine raciale ou au terrorisme sont interdites.

Si la seule limite que pose l’entreprise est de respecter la loi dans les pays où elle opère, elle préfère toutefois attendre que les gouvernements enclenchent eux-même les procédures. Dans un texte sur la transparence, la société précise que ces dernières doivent respecter les règles judiciaires en vigueur, et que «ce n’est pas le rôle de Cloudflare de rendre le travail de la police plus difficile, ni plus facile».

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