Le lancement réussi de la mission Crew-1, le 15 novembre 2020. | Gregg Newton / AFP
Le lancement réussi de la mission Crew-1, le 15 novembre 2020. | Gregg Newton / AFP

Crew-1: une réussite pour SpaceX, une punition pour Elon Musk

Retour de karma pour l'Américain et ses positions pour le moins baroques sur le Covid-19.

À l'heure où ces lignes sont écrites, Michael Hopkins, Shannon Walker, Victor Glover et Soichi Noguchi voguent sans encombre dans une capsule Crew Dragon vers la Station spatiale internationale. Les astronautes ont été propulsés depuis le Kennedy Space Center floridien dimanche soir à 19h27, heure locale, par une fusée Falcon 9 de SpaceX.

Nommée Crew-1, et faisant suite à un premier vol-test en mai 2020, la mission est historique: elle est la première effectuée officiellement pour le compte de la NASA par une firme commerciale privée américaine, dont le lanceur a été certifié par l'agence un peu plus tôt en novembre.

Après des années passées à bâtir ces partenariats publics-privés qui animent la nouvelle politique maison de l'agence spatiale américaine, c'est donc une nouvelle ère qui s'ouvre pour un secteur spatial où les acteurs commerciaux se multiplient, mais dans lequel SpaceX dispose sans nul doute de la plus belle avance.

La vérité, comme un boomerang

Il y avait pourtant un absent de marque lors de ce lancement: Elon Musk lui-même n'a pu assister en personne à l'un des plus importants couronnements de sa déjà riche carrière.

Dans la semaine menant au jour-J, décalé de 24 heures en raison d'une météo défavorable, Musk révélait ainsi avoir été testé positif et négatif au Covid-19 par quatre tests antigéniques rapides passés dans la même journée. Il profitait de l'occasion pour instiller un doute supplémentaire sur leur utilité dans la crise.

Or, la procédure de la NASA est claire dans un cas comme celui-ci, et a été rappelée par son patron Jim Bridenstine: en attendant les résultats d'un examen PCR plus probant, il attendait d'Elon Musk qu'il «s'isole et se mette en quarantaine» pour ne pas mettre la mission Crew-1 en péril.

À quelques heures du lancement, Musk reconnaissait qu'il souffrait probablement d'une forme modérée du Covid-19. Or, depuis le début de la pandémie, l'Américain a été l'une des personnalités mettant le plus bruyamment en doute sa gravité, tweetant contre-vérité sur fake news alors que le tableau s'assombrissait chaque semaine un peu plus aux États-Unis.

En mars, il tweetait ainsi que «la panique du coronavirus était stupide», expliquant un peu plus tard que tout serait de toute façon terminé en avril. Alors que les États-Unis entraient en partie en confinement, lui rechignait à fermer l'usine Tesla de Fremont, en Californie, entamant un bras de fer public avec les autorités locales.

Fin avril, The Verge compilait les prises de positions baroques -c'est le moins qu'on puisse dire- du serial entrepreneur sur la question. Pour un tel homme de science, le tableau n'avait alors déjà rien de glorieux.

Cochon qui s'en dédit: le 14 novembre, Musk continuait bille en tête à comparer le Covid-19 à un simple rhume. Dans le même temps, les États-Unis affrontent une «troisième vague» automnale que Business Insider compare à un tsunami, et s'apprête à dépasser la sinistre barre des 250.000 victimes.

Que le patron de SpaceX ait été privé du spectacle de sa plus éclatante réussite par le virus, dont il remet si bruyamment en cause la gravité, est donc peut-être un juste -mais heureusement minime- retour de karma.

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