Parer à l'érosion rapide des sols, produire plus et produire mieux: c'est ce que le génie génétique, appliqué à l'agriculture, pourrait permettre. | no one cares via Unsplash
Parer à l'érosion rapide des sols, produire plus et produire mieux: c'est ce que le génie génétique, appliqué à l'agriculture, pourrait permettre. | no one cares via Unsplash

Modifier le génome des plantes pour sauver l'agriculture

Les outils Crispr pourraient théoriquement rendre les sols plus productifs et moins polluants.

Lorsque l'on parle d'éditer le génome, les premières pensées vont souvent aux êtres humains. On imagine d'abord une société futuriste dans laquelle les fœtus sont conçus pour réussir ou des scientifiques chinois·es bravent les règles éthiques pour réaliser des tests sur des bébés. Pourtant, les spécialistes et les gouvernements ont les yeux rivés sur un autre génome: celui des plantes.

Les outils d'édition de génome Crispr («Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats») pourraient les aider à accomplir leur mission, au moment où le Giec alerte le monde sur l'érosion rapide des sols: trouver le moyen de nourrir la planète en polluant moins et en produisant plus sans détruire tous les sols fertiles.

Comme avec chaque solution proposée pour ralentir le changement climatique, elle ne fonctionnera pas seule, et pose de nombreuses questions éthiques. Elle fait partie d'un ensemble qui nous permettrait de limiter nos émissions de carbone et préserver les terres sauvages encore épargnées par l'espèce humaine.

Copier-coller le génome

«Il est difficile de prédire avec certitude ce que nous serons capables d'accomplir dans les prochaines années», explique à Wired Yiping Qi, un ingénieur en génome des plantes à l'Université du Maryland. «Mais je pense qu'avec Crispr, nous avons une chance de rattraper le changement climatique.»

L'être humain a toujours modifié les caractéristiques des plantes, la banane étant l'un des exemples les plus célèbres dans l'histoire des fruits génétiquement modifiés.

Mais les techniques anciennes prennent des décennies et impliquent souvent une découverte accidentelle. Avec les outils Crispr-Cas9, ce type de résultat est atteint en deux ou trois ans et l'on peut facilement imaginer des espèces de plantes capables de mieux supporter les changements de climat ou résistantes aux maladies et aux insectes.

Si cela prend tout de même tant de temps (on pourrait imaginer un résultat immédiat puisque l'on édite directement le génome), c'est parce que les scientifiques doivent retirer les gènes un à un et étudier les effets de chaque nouveau génome. Or, la même plante peut avoir plus de 30.000 gènes et des dizaines –voire des centaines– de variétés différentes.

Accélérer les progrès

Copier-coller les gènes d'autres plantes pour aller plus vite semble en revanche hors de portée. Les «ciseaux» de la technologie Crispr sont très efficaces sur la coupe de gènes, mais ont encore beaucoup de mal à insérer de nouveaux morceaux d'ADN dans un code déjà existant.

Les scientifiques procèdent aussi de cette manière pour suivre les règlementations des expériences autour du génome –très complexes pour des raisons éthiques et légales. Les États-Unis et la Chine pourraient toutefois prendre de l'avance sur les autres pays car leurs régulations sont plus souples, leurs populations peut-être moins méfiantes, et qu'ils disposent des moyens d'investir.

Plus de vingt laboratoires en Chine sont déjà dédiés au développement des plantes pour nourrir la population gigantesque du pays, d'après Science, et plus de 10 milliards de dollars ont été investis dans la recherche rien qu'en 2013. C'est plus du double du montant consacré à ce domaine la même année aux États-Unis.

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