Tous aux abris? | Alessandro Della Valle / POOL / AFP
Tous aux abris? | Alessandro Della Valle / POOL / AFP

Les curieux et inquiétants ballets des avions présidentiels russes

Connaissez-vous le bunker géant du mont Iamantaou, dans l'Oural?

Sans véritable réponse jusqu'à maintenant, le mystère a occupé une partie de la communauté de l'open-source intelligence (OSINT) les 17 et 18 mars. Pourquoi les avions de l'escadron spécial et gouvernemental de Rossiya ont-ils, au vu et au su du monde entier, effectué d'étonnants ballets vers l'est du pays, l'Oural et la Sibérie?

Rossiya est une compagnie aérienne appartenant en intégralité à l'État russe. Certains de ses avions ne servent pas à sa tâche commerciale habituelle, mais constituent le «Special Flight Detachment» du gouvernement russe.

Celle-ci est une unité spéciale, composée d'avions transformés en postes volants de commandement stratégique, destinés à transporter les personnes les plus importantes du régime –y compris et à commencer par Vladimir Poutine et son premier cercle– ou à servir de relais de communication en cas de crise majeure.

Bref, ces quelques avions sont, pour la Russie, des éléments hautement stratégiques, et sont à ce titre surveillés de près par les services de renseignements de tous les pays –ou par les têtes chercheuses et attentives de l'OSINT.

Comme le relate The Drive, ce sont ces dernières qui ont détecté ces mouvements, et en ont fait la publicité sur Twitter. Le site note en préambule que le nombre et la fréquence des sorties de cet escadron spécial ne semblent pas inhabituels; la concentration dans le temps, la coordination de ces curieux vols et la répétition sur deux jours du phénomène, en revanche, peuvent légitimement poser question.

C'est ainsi que les unités du «Special Flight Detachment» de Rossiya ont quitté Moscou jeudi 17 et vendredi 18 mars pour se diriger, en escadrille éclatée aux objectifs incertains, vers l'est du pays.

Parmi ces avions, le «Самолёт президента России», l'avion présidentiel russe de modèle Il-96-300PU pouvant servir de poste de commandement stratégique volant; un autre appareil aux mêmes caractéristiques, de modèle Tupolev Tu-214PU; et plus étonnant encore, un TU-214SR, surnommé «Doomsday Plane» et destiné à placer la tête de l'État russe à l'abri, en l'air et en charge, en cas d'attaque nucléaire.

Certains sont allés jusqu'à Omsk ou Novosibirsk en Sibérie, d'autres ont pris la direction du Kazakhstan, d'autres encore n'ont fait que de très brefs arrêts dans divers aéroports, Saint-Pétersbourg notamment, avant de revenir au bercail. Le 18, les observateurs notaient en outre qu'un TU-54 généralement associé aux activités secrètes du FSB faisait le chemin inverse vers l'ouest et l'enclave sur-armée de Kaliningrad.

Transhumance nucléaire

Si certains analystes se sont empressés de préciser qu'il n'y avait rien de foncièrement anormal dans ces mouvements, d'autres ont eu du mal à ne pas faire le lien avec la guerre en Ukraine, et les menaces d'escalade nucléaire qui planent au-dessus du conflit depuis l'allocution guerrière de Vladimir Poutine le 24 février.

Un point est important à noter: ces sorties coordonnées des aéronefs très spéciaux de Rossiya ont été faites publiquement. Les transpondeurs des avions sont restés branchés, rendant l'observation de leurs mouvements possible par quiconque dans le monde –y compris et avant tout le renseignement des puissances rivales de la Russie.

Il est donc tout à fait possible que ces sorties aient été une forme de message, voire de nouvel avertissement, transmis en clair à l'Ouest: la Russie se prépare à toutes les éventualités, même les pires.

Beaucoup ont notamment constaté qu'Ufa, l'une des destinations des avions de Rossiya, n'est qu'à une soixantaine de kilomètres du mont Iamantaou, dans l'Oural, où la Russie aurait bâti un complexe souterrain géant destiné –entre autres– à accueillir la tête de l'État en cas de conflit nucléaire.

Un autre des appareils de Rossiya s'est quant à lui dirigé vers Sotchi, sur la mer Noire. Fameuse pour ses Jeux olympiques et son Grand Prix de Formule 1, la cité balnéaire est également située à proximité directe du palais démesuré de Vladimir Poutine au Cap Idokopas, révélé par une enquête de l'opposant Alexeï Navalny, et qui comporte aussi une importante partie souterraine.

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