Selon les villes et les pays, ces boutons sont plus ou moins fonctionnels. | Sebastian Herrmann via Unsplash
Selon les villes et les pays, ces boutons sont plus ou moins fonctionnels. | Sebastian Herrmann via Unsplash

Sans le savoir, vous appuyez chaque jour sur de nombreux «boutons placebo»

Ça ne sert à rien (sinon que ça fait du bien).

Au passage piéton, il nous attire irrémédiablement, et l'on s'empresse d'appuyer dessus pour que le feu passe plus vite au rouge et qu'il nous soit possible de traverser rapidement. Il est rond et satisfaisant, nous rappelant ceux que nous pressions autrefois dans les avions des manèges, nous permettant de décoller au-dessus du sol de quelques dizaines de centimètres.

Souvent vert, parfois noir, ce gros bouton poussoir est agréable à presser, mais bien souvent, il semble n'avoir d'effets que dans notre tête. On en trouve aussi, sous une autre apparence, dans certains ascenseurs: il y figure des pictogrammes semblant nous indiquer qu'en un coup d'index ou de pouce, les portes vont s'ouvrir ou se refermer plus rapidement.

Bienvenue dans le monde du «bouton placebo», celui que l'on ne pousse que pour satisfaire notre «illusion de contrôle», concept cher à Ellen Langer, psychologue à Harvard interrogée il y a quelques années par CNN. «Ils ont un effet psychologique, expliquait-elle alors. Effectuer une action donne aux gens l'impression de contrôler la situation, et cela fait plus de bien que de la subir.»

Tous les boutons dont nous interrogeons l'utilité ne sont pas des placebos... mais pas loin quand même. À New York, par exemple, environ 10% des 1.000 boutons présents aux abords des passages protégés étaient en état de marche en 2018, d'après les porte-parole du service municipal des Transports. C'est beaucoup moins qu'en 2004, quand les trois quarts de ces boutons étaient fonctionnels.

Bien bien bien, voilà voilà voilà

Cette baisse du nombre de boutons actifs est due à une volonté de ne pas réparer les dispositifs tombés en panne, voire de stopper purement et simplement le fonctionnement de certains d'entre eux. Jadis, lorsque le trafic routier était moins important, il semblait encore envisageable qu'un piéton ou une piétonne puisse interrompre la circulation par envie de traverser illico. Plusieurs décennies plus tard, ce n'est plus la même paire de manches.

Le système parfois complexe de coordination des feux tricolores (qui relève du casse-tête à certaines intersections) était en effet difficilement compatible avec ce principe d'arrêt soudain du trafic routier. On peut le comprendre. Ce qui est plus surprenant, c'est que visiblement, beaucoup de ces boutons désormais inactifs ont été conservés à dessein.

Boston, Dallas ou encore Seattle ont procédé de la même manière, pour ne citer que des villes américaines. Certaines municipalités proposent aussi des boutons qui ne fonctionnent qu'à certaines heures de la journée, lorsque la circulation n'est pas susceptible d'être outrageusement perturbée par leur utilisation.

Du côté de Londres, une pression sur ce genre de bouton permet ainsi l'allumage d'un panneau lumineux indiquant d'attendre («wait»), ce qui ne signifie absolument pas qu'il va être possible de traverser plus rapidement que si on n'avait pas appuyé du tout. Même son de cloche du côté des ascenseurs américains, où les boutons d'ouverture et de fermeture accélérées n'ont bien souvent aucune utilité, comme l'explique à CNN un membre du syndicat national des ascensoristes.

Mais il y a une raison à cela: depuis 1990, la législation impose que «les portes d'un ascenseur restent ouvertes assez longtemps pour qu'une personne utilisant des béquilles ou un fauteuil roulant puisse y entrer en toute sécurité», explique-t-il. En fait, l'utilité de ces boutons dépend non seulement des pays, mais aussi et surtout du bon vouloir des entreprises et institutions proposant des ascenseurs. Ils sont en effet paramétrables –ce qui inclut la possibilité de les désactiver.

Idem pour les boutons de réglage du thermostat dans certaines chambres d'hôtel: certains sont programmés afin de donner à la clientèle la simple illusion qu'elle a le contrôle de la température, alors qu'elle ne dispose en fait que d'un degré de liberté bien minime.

Ellen Langer voit plutôt d'un bon œil ces «boutons placebo», dont elle estime que «même s'ils n'ont aucun effet, leur coût est quasi nul». L'experte affirme même qu'au-delà de la sensation rassurante qu'ils peuvent procurer, ceux situés au niveau des passages pour piétons favorisent aussi la sécurité des personnes qui souhaitent traverser la rue. Car presser le bouton puis patienter en se disant que le bonhomme sera bientôt vert, c'est évidemment plus sûr que de traverser n'importe comment en se disant que notre sécurité vaut bien deux secondes gagnées.

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