L'ergonomie n'a pas toujours été une priorité –au point de coûter la vie à de nombreux pilotes du B-17. | Mark Wilson / Getty Images North America / AFP
L'ergonomie n'a pas toujours été une priorité –au point de coûter la vie à de nombreux pilotes du B-17. | Mark Wilson / Getty Images North America / AFP

Le design défaillant du B-17 Flying Fortress à l'origine du Macintosh

L'aisance avec laquelle nous manipulons aujourd'hui la technologie a de curieuses origines.

Fleuron de l'aviation militaire américaine, le B-17 est entré en opération au cours de la Seconde Guerre mondiale. Mais ce bombardier géant surnommé «Flying Fortress» («forteresse volante»), incarnation de la force de frappe aérienne alliée, a été impliqué dans de nombreux crashs, dont les raisons sont longtemps demeurées obscures.

À la fin de la guerre, un jeune psychologue, Paul Fitts, est sommé par l'US Air Force de trouver une explication à ce mystère. Alors que les rapports font systématiquement mention d'une erreur humaine, Fitts remarque que les 457 accidents répertoriés semblent suivre un schéma similaire.

Les pilotes se retrouvent ainsi systématiquement aux prises avec une situation ubuesque: il y a celui qui crashe son avion au sol après avoir mal lu un message, un autre qui s'écrase parce qu'il ne sait subitement plus comment relever l'appareil, un autre encore qui s'apprêtait à atterrir et a tout simplement oublié de déployer son train d'atterrissage.

Aidé de son collègue Alphonse Chapanis, le psychologue abandonne la piste de l'erreur humaine pour incriminer un problème de conception: les commandes pour faire atterrir l'appareil et celles pour l'ouverture des volets sur les ailes se ressemblent comme deux gouttes d'eau, ce qui provoque les accidents.

Pour y remédier, on crée alors un nouveau système de boutons et de leviers de formes distinctes permettant d'identifier facilement toutes les commandes de l'avion, de sorte qu'il n'y ait plus aucun risque de confusion, même lors d'un vol de nuit.

La naissance du «user-friendly»

Chapanis et Fitts ne s'arrêtent pas là. Ils conçoivent une nouvelle manière d'appréhender et d'analyser le comportement humain, grâce au concept du «user-friendly». L'idée est de rendre une interface facile à utiliser plutôt que de devoir enseigner des règles et modes d'emploi parfois très ardus.

L'approche a depuis fait florès et est aujourd'hui employée pour nos ordinateurs, nos manettes de jeux vidéo, nos voitures et nos smartphones.

L'application la plus emblématique de ce concept voit le jour en 1984, dans l'une des premières publicités imprimées d'Apple, où l'entreprise fait de la règle du user-friendly un paradigme emblématique –qui deviendra plus tard une norme universelle.

«Par un jour particulièrement ensoleillé à Cupertino en Californie, de brillants ingénieurs ont une idée particulièrement brillante, écrivait alors Apple. Puisque les ordinateurs sont si malins, ne serait-ce pas à eux d'apprendre le fonctionnement de l'humain, plutôt que l'inverse?»

Devenu si pratique, répandu et raffiné que nous n'y songeons même plus, le concept du user-friendlyet celui de l'affordance– n'est pourtant pas exempt de tout reproche. Cliff Kuang, journaliste à Wired, s'interroge: doit-on vraiment accepter que nos appareils électroniques et autres gadgets présupposent et anticipent notre comportement?

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