Donald Trump près d'un THAAD, système de missiles antibalistiques américain, en 2019. | Brendan Smialowski / AFP
Donald Trump près d'un THAAD, système de missiles antibalistiques américain, en 2019. | Brendan Smialowski / AFP

Le missile «super-génial» de Trump se heurte aux limites de la physique

Le président américain a annoncé en fanfare un missile dix-sept fois plus rapide que les modèles existants: impossible.

«Nous avons, je l'appelle le “missile super-génial” [“super-duper missile”]. Et j'ai entendu l'autre soir qu'il est dix-sept fois plus rapide que ce que nous avons maintenant.» C'est ce que Donald Trump a déclaré le 15 mai lors d'une conférence de presse à la Maison-Blanche. Mais Allan Rheit, de Wired, se montre plutôt sceptique vis-à-vis de cette annonce.

Le missile le plus rapide qui est utilisé actuellement par l'armée américaine serait l'UGM-133 Trident II, qui se déplace à environ 8 kilomètres par seconde. Un projectile dix-sept fois plus rapide filerait donc à 137 kilomètres par seconde, ou 400 fois la vitesse du son (Mach 400). Est-ce réaliste?

Les missiles balistiques, les plus rapides, utilisent des moteurs-fusées pour atteindre une vitesse maximale et s'extraire temporairement de l'atmosphère. Mais ils ne sont pas propulsés le long de toute leur trajectoire. Une fois qu'ils ont brûlé leur carburant, ils retombent en cloche, par inertie. À la différence des missiles de croisière, qui sont bien moins rapides et qui utilisent un réacteur.

Vitesse, poids et carburant

Pour qu'un missile aille plus vite, il faut augmenter la quantité de carburant qu'il embarque, afin de dégager plus d'énergie, ce qui accroît sa masse.

Sur la plupart de ces fusées, la charge ne représente qu'entre 2 et 5% de la masse. Pour atteindre la vitesse de 8 kilomètres par seconde, le Trident II requiert par exemple une énergie de 97 milliards de joules, ou 23 tonnes de TNT.

S'il doit être dix-sept fois plus rapide, le «missile super-génial» aura besoin de 172 fois plus de puissance, soit 2,8 x 1013 joules: une somme colossale. À supposer qu'il utilise le même type de carburant que le Trident II, il en nécessiterait 289 (172) fois plus et serait donc beaucoup plus gros que le missile balistique, qui mesure déjà 13 mètres de long.

Problème: plus un projectile est lourd, plus il a besoin de carburant pour échapper à la gravité. En somme, embarquer plus de carburant oblige à embarquer encore plus de carburant. Le «missile super-génial» serait donc contraint d'être encore plus énorme.

Deuxième problème: s'il s'agit d'un missile balistique, il pourrait bien ne jamais atteindre sa cible. Avec une telle puissance, au lieu de s'élever hors de l'atmosphère puis de retomber, il risquerait fortement de se retrouver directement en orbite pour ne jamais redescendre. Donald Trump aurait-il encore dit une bêtise? On n'ose le penser.

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