Faut-il le lancer à l'élastique? | Андрей Русов / Mil.ru via Wikimedia Commons
Faut-il le lancer à l'élastique? | Андрей Русов / Mil.ru via Wikimedia Commons

Adhésif, bouteille plastique et appareil Canon: le drone russe Orlan-10 est la risée de l'Ukraine

Du (très) très low cost.

Sur le Twitter des experts en armement scrutant les pertes des deux côtés du conflit engagé par la Russie en Ukraine, on voit son profil plutôt bonhomme passer plusieurs fois par jour: l'Orlan-10 est sans doute l'arme aérienne du Kremlin la plus fréquemment abattue par les armées ukrainiennes depuis le début de la guerre.

Drone de reconnaissance lancé il y a une bonne dizaine d'années, figure la plus visible d'une industrie locale de l'UAV en plein boom, l'Orlan-10 est utilisé en grandes quantités dans les cieux ukrainiens par Moscou.

De manière logique et parce que les ronds à basse altitude que sa mission d'observation le pousse à dessiner au-dessus du théâtre des opérations ne lui réservent pas d'autre destin, il est donc souvent et avec succès pris pour cible par les troupes au sol, qui peuvent ensuite s'enorgueillir sur les réseaux sociaux d'avoir terrassé l'un des précieux bijoux de la technologie russe.

L'un des bijoux de la technologie russe? Il faut le dire vite, en se pinçant pour essayer de ne pas en rire. Car si le document est à n'en pas douter un scud de la guerre de l'information que se mènent l'Ukraine et la Russie depuis l'invasion de la première par la seconde, la vidéo d'un décorticage en règle de l'Orlan-10 a été publiée par l'armée de Kiev. Et les entrailles de la bestiole sont pour le moins surprenantes.

Produit par le Special Technology Center de Saint-Pétersbourg, dérivé d'un autre drone de reconnaissance nommé «Ptero», déjà utilisé en Syrie, en Libye ou dans le Haut-Karabakh, l'Orlan-10 est certes un appareil plutôt low cost, mais il n'est pas pour autant donné: un exemplaire coûte, selon les estimations, entre 81 et 93.000 euros.

Pour ce prix, quelle merveilles technologiques la chose renferme-t-elle? Aucune, ou si peu: à en croire les trouvailles de l'armée ukrainienne ayant procédé à sa dissection, l'appareil est surtout un étonnant bric-à-brac d'éléments de diverses origines, dont certains semblent tout droit sortis de nos placards domestiques.

On note en particulier que la prise de vue diurne de l'Orlan-10 est assurée par un simple appareil photo Canon (parfois Olympus), comme on en trouve dans chaque magasin de France et de Navarre –si du moins ils vendent encore d'aussi vieux modèles.

Pire, le réservoir de carburant de l'appareil est une simple bouteille plastique à l'apparence ménagère assez pitoyable. Quant au travail d'orfèvre nécessaire au montage d'une telle perle, il se résume souvent à l'usage irraisonné de bon vieux gros rouleau adhésif.

Bref, l'Orlan-10 n'est pas que low cost, il est surtout low tech. Ce qui, malgré les moqueries ukrainiennes ainsi que les nôtres, ne compte finalement pas sur un champ de bataille: le drone russe pourrait être fait de balsa manufacturé et de boyaux de chat séchés que cela importerait peu, tant qu'il remplit correctement les missions qui lui sont confiées.

Simili-russe

Ces ricanements mis à part, le décorticage de l'objet par les forces ukrainiennes révèle néanmoins un autre point important, et sans doute plus notable que l'utilisation d'adhésif ou d'un réservoir en forme de bouteille d'Isio-4. Pourtant de conception et d'assemblage fièrement russes, l'Orlan-10 est ainsi bourré de composants étrangers, chinois mais pas seulement –allemands, français ou japonais notamment.

Ce détail n'en est pas un –loin de là. L'utilisation massive de composants d'origine étrangère dans les armements russes expose la grande dépendance de Moscou pour ses technologies guerrières. C'est sur ce point que les strictes sanctions imposées sur les exportations de technologies par l'UE ou les États-Unis notamment pourraient, à terme, porter leurs fruits contre le complexe militaro-industriel russe.

Le (més)usage de batteries Bosch dans certains de ses véhicules militaires a ainsi été noté par les autorités allemandes, qui ont lancé une enquête sur les exportations de la firme.

Autre exemple, plus curieux encore: toujours selon les forces ukrainiennes, et comme le montrent les photos publiées avec le tweet ci-dessus, la partie électronique du système de guidage du missile de croisière Kh-101 aurait été conçue dans les années 1960 et 70.

Comme cela semble être le cas pour la production de chars destinés à remplacer les centaines d'entre eux déjà détruits au front, la machinerie guerrière russe serait-elle plus à bout qu'on ne le croit?

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