Un faux prophète et de vrais courtisans. | Dimitrios Kambouris / Getty Images North America / AFP
Un faux prophète et de vrais courtisans. | Dimitrios Kambouris / Getty Images North America / AFP

Les SMS d'Elon Musk et de ses copains milliardaires, «de la merde contre les murs»

Fayotage, idées à la noix et egos géants: le rachat de Twitter, c'est pas joli joli.

Quelque temps avant de revenir à la charge dans sa volonté de rachat de Twitter au prix convenu en avril, une opération dont il pourrait selon certains commentateurs être finalement le grand perdant, Elon Musk a dû étaler à la face du monde, à la demande d'un tribunal américain du Delaware, des quantités astronomiques de messages échangés en privé avec ses camarades de la Silicon Valley les mois précédents.

Depuis leur lecture, le monde entier se moque: comme le relate notamment un article au vitriol de The Atlantic, les messages échangés entre Musk et sa vaste cour de venture capitalists et de supposés cadors de la Silicon Valley dévoilent beaucoup de ridicule, tout en faisant voler en éclat quantité de mythes.

Vous vous attendiez à des trésors de réflexion et d'idées brillantes, à l'observation en direct de la gestation du génie de la Silicon Valley, à l'illumination du monde par les milliardaires californiens qui le font? Raté.

«Ce qui est si révélateur à propos de ces messages est à quel point les hommes de pouvoir dans les contacts d'Elon Musk sont peu impressionnants, sans imagination et flagorneurs. Quiconque a dit qu'il n'existait pas de mauvaise idée lors d'un brainstorming n'a jamais eu accès au téléphone d'Elon Musk», écrit ainsi Charlie Warzel, également auteur de la newsletter sur la tech Galaxy Brain, dans le média américain.

En contact avec des executives de haut vol de grandes entreprises du petit monde américain de la tech, Warzel décrit des gens effarés par ce qu'ils ont pu lire, et par la qualité lamentable de la réflexion d'un boys' club de fans transis qui, pourtant, concentre une quantité ahurissante de pouvoir.

«La réaction qui domine dans tous les fils auxquels je participe est “Tout le monde a l'air sacrément débile”», lui explique l'un de ces anonymes. «Il y a une idée générale de “C'est vraiment comme ça que le business se fait?”», lui est-il aussi raconté. «Il n'y a aucune idée stratégique ou analyse. C'est juste de l'émotion, sans réel intérêt pour les conséquences.»

«250 millions de dollars supplémentaires, sans plus de travail»

Charlie Warzel énumère ainsi dans son article les idées à la noix de Mathias Döpfner, patron du grand groupe de média Axel Springer (Politico, Business Insider, Bild...), dont le «#Gameplan» pour Twitter est jeté en quelques points –le premier est «Résoudre le free speech», tout un programme qui n'est jamais détaillé.

Il décrit également les interventions des financiers comme Marc Andreessen, cofondateur du fonds d'investissement Andreessen Horowitz, ou Larry Ellison, contestable patron d'Oracle. Béats d'admiration pour Elon Musk, ils souhaitent à tout prix être de l'aventure, sans poser beaucoup plus de questions sur la forme qu'elle prendra et les chemins qu'elle suivra.

En un message privé, Andreessen offre ainsi «250 millions de dollars supplémentaires, sans plus de travail» au projet de rachat de Musk, qui n'a plus qu'à répondre un simple «Merci!» à ce cadeau d'un quart de milliard de dollars.

Le patron de Tesla et SpaceX demande à celui d'Oracle s'il veut se joindre à la fête. «Bien sûr!», lui est-il répondu, comme on dit oui à une cagnotte Leetchi. Combien Ellison veut-il mettre sur la table? «Un milliard... ou ce que tu penses être le mieux», répond-il, jouant avec les zéros comme d'autres avec un Yo-Yo.

Les participants à ces conversations jettent idées débiles et milliards sur la table, comme des joueurs de poker débutants et alcoolisés au bout d'une longue nuit de jeu: malgré les richesses accumulées, malgré l'importance des firmes en jeu et malgré les enjeux cruciaux, politiques comme financiers, soulevés par le rachat par Elon Musk d'une plateforme comme Twitter, le niveau global de ces hommes semble lamentable.

«Je suis dans vingt discussions avec d'autres gens», explique encore l'insider contacté par Charlie Warzel. «Et tout le monde se dit “Bordel, ils sont juste en train de jeter de la merde contre un mur”. Les idées qui sortent, par exemple sur qui pourrait devenir patron de Twitter, on dirait des conneries de Fantasy Football

On décrit ces venture capitalists et ces capitaines d'industrie comme des génies? «Les hommes dans ces messages sont en fait instables, désorganisés, et incapables de résoudre les problèmes socétiaux qu'ils pensent pouvoir résoudre», conclut Warzel.

Une cour de purs «yes men», décrit quant à lui Jonathan Fischer dans Slate, ceci expliquant d'ailleurs sans doute cela –et l'état de notre monde moderne mais très paumé en général.

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