Le cœur du futur, ça ressemble à ça. | Culham Center for Fusion Energy
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Avec son nouveau record, le JET fait faire un nouveau bond de géant à la fusion nucléaire

Un jour, le monde ne sera plus jamais le même.

Décarboner une production énergétique mondiale qui devra augmenter de 50% d'ici 2050 pour combler les besoins toujours grandissants de nos sociétés électrifiées est l'épineux casse-tête que l'humanité doit résoudre d'urgence si elle souhaite ralentir les effets dramatiques du changement climatique.

Si les énergies renouvelables montent un peu partout en puissance, malgré les ratés de l'exception française en Europe, l'un de ses plus grands espoirs pourrait résider dans la fusion nucléaire, sur laquelle planchent nombre de structures privées comme publiques, petites ou grandes, dans le monde entier.

«Soleil artificiel», pour reprendre le surnom d'un projet chinois, promesse d'une énergie virtuellement infinie et peu polluante, la fusion nucléaire vit ces dernières années et, surtout, ces derniers mois, un intense coup d'accélérateur, notamment grâce un important afflux de capitaux.

Mais si les projets les plus récents, comme la start-up américaine Helion ou le projet SPARC, annoncent régulièrement la relative imminence de l'avènement de la fusion, c'est cette fois du côté de l'un des plus vénérables acteurs du secteur qu'il faut aller chercher un impressionnant record, qui selon les scientifiques représente un bond de géant.

Basé à Culham près d'Oxford en Angleterre, le Joint European Torus est un vieux projet né avant le début des années 1980 et fondé par l'Union européenne, associée à la Suisse, au désormais brexité Royaume-Uni et à l'Ukraine notamment.

Le JET dispose de l'un des plus grands et plus puissants tokamak au monde –le dispositif de confinement magnétique où la réaction de fusion, en l'occurrence de deutérium et de tritium, se déroule à très haute température.

En 1997, cet imposant engin avait réussi à délivrer une énergie de 22 mégajoules environ, un résultat historique qui faisait de la fusion un avenir possible et allait poser les futures bases du projet international ITER, basé dans le sud de la France.

Début février, comme l'a annoncé l'Atomic Energy Authority britannique (UKAEA), le précédent record est tombé, et de beaucoup: il a cette fois produit et maintenu une énergie de 59 mégajoules pendant une durée de 5 secondes, soit le temps maximal permis par le design et les caractéristiques du tokamak.

Si le chiffre semble a priori modeste (le Financial Times explique que ces près de 60 mégajoules sont suffisants «pour porter à ébullition 60 bouilloires») et si les records de chaleur ou de durée n'ont pas été battus par le JET, les scientifiques ne cachent pas leur fierté ni leur enthousiasme.

Cinq secondes pour un avenir

«Ces résultats historiques nous ont fait faire un immense pas supplémentaire vers la conquête de l'un des plus grands challenges scientifiques et d'ingénieries qui soient», a déclaré Ian Chapman, chief executive de l'UKAEA.

«En termes de puissance, c'est équivalent à quatre turbines éoliennes, on se rapproche d'une échelle industrielle», abonde dans le FT le chercheur Arthur Russel, auteur de l'ouvrage The Star Builder. «Cela semble peu, mais cinq secondes représentent une durée énorme à l'échelle nucléaire.»

Si cela n'abreuvera pas en électricité toutes les PS5 et Tesla du monde, ces soixante modestes bouilloires représentent surtout la validation de choix industriels et techniques passés, et confirment ce que les simulations numériques et outils de diagnostic prédisaient quant à la fusion du plasma.

En clair, lorsque le JET passera le relais à ITER –mais ce record tient lieu de confirmation pour l'ensemble des acteurs du secteur– l'horizon est désormais plus clair, les fantasmes d'énergie infinie et durable confirmés par les réalités de la science, les financements pourraient être décuplés.

«Si nous pouvons maintenir la fusion pendant cinq secondes, nous pouvons le faire pendant cinq minutes, puis cinq heures quand nous ferons grandir nos machines», a ainsi expliqué Tony Donné d'EUROfusion dans un communiqué.

«Surtout, l'expérience opérationnelle acquise dans des conditions réalistes nous donnent confiance dans la suite des expérimentations, à ITER et à la centrale de démonstration européenne EU DEMO, destinée à fournir de l'électricité au réseau.» Encore quelques grands pas de ce genre, et nous y serons.

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